Patron n’en faut !

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Le pouvoir vous opprime ? Le management vous nuit ? Vous aimeriez vous en passer ? Mais vous ne savez pas comment ? Savez-vous que de grands penseurs ont réfléchi à la question du pouvoir et qu’ils n’ont pas été tendres avec ?

Spinoza, Freud, Simone Weil, David Graeber, John Galbraith, Michel Serres.

Mais savez-vous aussi que certains ont réussi à s’en passer de manière effective ?

C’est ce que vous découvrirez dans ce post.

Un matin sur France Inter, j’entendis la philosophe Myriam Revault d’Alonnes commettre une révélation de taille : « Macron n’était pas né quand le poste d’assistant a disparu, il n’a jamais été l’assistant de Ricoeur« . On savait déjà qu’Emmanuel Macron n’avait pas fait Normale sup, contrairement aux biographies avantageuses qui circulaient sur lui dans les journaux et qu’il n’a jamais démenties.

Les dirigeants à la bio usurpée sont pléthore et l’on en a tous en tête ou sous les yeux .

Rachida Dati, par exemple. Les journalistes ont découvert qu’elle s’était inventée un diplôme HEC pour entrer à l’ENM (Ecole nationale de la magistrature).

Et dans les entreprises et administrations ?

Car, la politique n’a pas l’apanage de ces impostures ordinaires.

Je pense à ce haut fonctionnaire qui avait laissé croire qu’il avait eu un poste prestigieux dans le secteur privé, lui assurant ainsi une belle carrière de directeur dans la fonction publique, alors qu’il n’avait jamais eu qu’une expérience de commercial de terrain.

La soif de pouvoir

Ces historiettes ont un dénominateur commun : la soif de pouvoir. Le pouvoir et tout ce que certains sont prêts à commettre pour le conquérir. Le pouvoir qui fait tourner les têtes. Le pouvoir qui peut aller jusqu’à l’abus. Le pouvoir pour lequel certains sont prêts à tout : dans les entreprises, les associations, en politique, en famille… Jusqu’aux contre-pouvoirs (journalisme, syndicalisme,..) que l’on aurait pu penser épargnés alors que, parfois, ils ne sont qu’une forme dégradée de la volonté de pouvoir. 

Pouvoir dont le philosophe Michel Serres dit qu’il est une survivance du règne animal. Il prédit, du reste, qu’un jour pas très lointain l’autorité de compétences prendra enfin toute sa place et supplantera le pouvoir hiérarchique.

Pouvoir que Freud symbolisait sous la forme du primat phallique et dont on voit combien femelles et mâles, dans l’entreprise et en politique, sont prêt à tout pour en recevoir la caresse.

La horde primitive sévit encore, sachez-le !

On connait l’histoire. Le chef de meute, qui empêchait ses fils d’approcher les femelles, a mal fini. Ses fils se sont coalisés contre lui, l’ont tué, l’ont dépecé pour le manger et se sont partagés le cœur pour s’approprier son pouvoir. Ils ont enfin pu approcher les femelles. Mais la culpabilité les a rattrapés. Honteux de leur parricide, ils décidèrent d’édicter des règles prohibant l’inceste, le viol, le meurtre. La civilisation est née de ce meurtre du père et de cette culpabilité. La sauvagerie a été contenue, certes, mais la révérence aux puissants, elle, n’a pas décru.

Pouvoir dont le philosophe Max Dorra donne une définition très générale qui, j’imagine, parlera à beaucoup d’entre vous. C’est, selon lui, « la capacité à angoisser l’autre« . Il suffit de penser à des pratiques aussi répandues que « diviser pour mieux régner » ou d’autres, de rétention d’informations pour comprendre à quoi il fait allusion.

Quant à Spinoza, dans son Traité de réforme de l’entendement, il range le pouvoir au rang des faux biens au même titre que la soif d’argent ou la lubricité. Et, il en fait l’un des attributs de cet « homme aux passions tristes » qu’il décrit dans l’Ethique.

« Homme aux passions tristes » ou femme, ajouterai-je, tant cet affect atteint les deux sexes. Sur le plan de la passion du pouvoir, l’égalité F/H est atteinte. C’est autre chose sur le plan réel, bien entendu, les hommes ayant pris de l’avance sur ces dames.

Après un tel réquisitoire de la part de la fine fleur de la philosophie occidentale, se trouverait-il, cependant, une bonne âme pour sauver la cause du pouvoir ?

« L’ordre social, quoique nécessaire, est essentiellement mauvais, quel qu’il soit »  a écrit Simone Weil.

La condamnation de l’autorité est, de nouveau, évidente et implacable : « L’ordre social est mauvais. » Cependant, la philosophe semble tempérer son jugement avec ces deux mots : « quoique nécessaire« .

Nécessité faisant loi, il semblerait donc qu’on ne puisse se passer d’une hiérarchie dans la société comme dans l’entreprise.

Pourtant, l’économiste John Galbraith avait sa propre définition du management dans lequel il ne voyait que bureaucratie. Ce faisant, il renvoyait, dos a dos, système capitaliste et système communiste. Aujourd’hui que le communisme est mort, seul subsiste le capitalisme et son management qui ne serait donc, au final, qu’une bureaucratie.

Souvent, me revient aux oreilles le vocable « armée mexicaine« , à propos d’organigrammes d’entreprise. L’économiste américain n’est, peut-être, pas si loin de la vérité.

Dans ses bullshit jobs (« métiers a la con »), David Graeber avait mis le management en bonne place sur la liste. Vous savez, ce sont ces postes dont les titulaires ne travaillent réellement que 15 h par semaine. Le reste du temps se passe en surf sur le web, réunions, commandes de billets, séminaires, colloques etc. Si l’on suit Graeber, le manager français ferait bien ses 35 heures …. mais par mois !

Évidemment ces bullshit job sont une fiction et « toute ressemblance avec des faits ou des personnes réels serait purement fortuite« .

J’espère que vous n’y avez pas cru, un seul instant !

Longtemps, la remise en question du pouvoir a été réservée aux cercles intellectuels, à ces philosophes, anthropologues, psychanalystes, économistes que j’évoque ci-dessus.

Sur le plan politique, peu de courant pour remettre en question la nécessité du pouvoir. Les anarchistes, uniquement, et c’est la raison pour laquelle ils n’ont jamais été … au pouvoir.

Et pour cause !

L’accession au pouvoir est le but des dirigeants et partis politiques. Quoi de plus normal : détenir le pouvoir permet la mise en oeuvre des idées pour lesquelles on se bat, des idées pour lesquelles on s’est engagé.

L’entreprise libérée 

C’est dans le monde économique, finalement, que l’on retrouve les seules tentatives effectives de remise en cause de la prééminence du pouvoir.

Les plus anciens se rappellent de l’auto-gestion et de la lutte des « Lip » qui se termina en fiasco dans les années 70.

Après ce terrible revers, l’idée que « patron n’en faut » semblait avoir vécu.

Pourtant, elle semble revenue en force dans nos années 2010.

Rappelez-vous, au début de l’année, toute cette effervescence médiatique autour de l’entreprise libérée. Reportages et documentaires TV, livres, articles, posts, tweets…

Isaac Getz, le promoteur de cette organisation sans manager, nous soutient que ces entreprises ont vu leur rentabilité explosée. Le secret de leur réussite ? « Transformer l’organisation de leur firme sur la base de la confiance et de la liberté des salariés »

Ces expériences réussies d’entreprises libérées tendraient à laisser penser que l’on peut se passer d’une grande partie du management dans les entreprises et, sans doute, dans les administrations.

Mais le choix de ce no management dépend du patron de votre boite !

Si vous travaillez dans l’une de ces entreprises libérées, tant mieux ; sinon, tant pis.

Ou alors, postulez !

Voici mon conseil-CV, lu déjà par 10 000 internautes : C »o »uriculum Vitae

L’autre solution étant, bien entendu, de vous passer de patron en devenant… votre propre patron. Certains ont déjà franchi le pas. Et dans cette quête d’indépendance, les jeunes ne sont pas les derniers.

Vous souhaitez également vous mettre à votre compte ? Mais vous hésitez. Savez-vous qu’aujourd’hui, rien n’est plus aisé que de développer une activité indépendante ? Connaissez-vous, en l’espèce, les nouvelles formes d’emploi ?

J’en parle dans ce post :  Demain, tous porteurs de projet ?

Jean-Christophe Hériche Paris, le 18 septembre 2016

(A suivre)

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