Solfège du questionnement

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Dans ce post, j’interroge l’art de questionner en cherchant à faire le tour de la question.

Nathanaël, cela fait plusieurs fois que tu me réclames le post sur le Solfège du questionnement que j’évoquais à la fin de mon tout premier article sur le web en août de l’an 2016. Article que je consacrai à l’art de l’écoute et que j’intitulai, alors, assez discourtoisement : « Tais-toi ! »

Nathanaël, ton insistance a payé. Ce soir, je me suis enfin décidé à écrire le post en question.

Ecouter est un art. Questionner en est un autre, mais d’un degré plus élevé, tant il demande d’habileté et de connaissances.

Poser des questions ne s’improvise pas si l’on veut en obtenir des réponses intéressantes. Et comme, n’est pas grand écoutant qui veut, n’est pas grand questionneur qui le souhaite.

Une formation et une longue pratique du questionnement s’imposent.

Curiosité

En premier lieu, être curieux est un atout indispensable pour quiconque veut exceller dans la discipline.

Car en somme, la curiosité n’est ni plus ni moins qu’avoir des quantités de questions que l’on se pose et que l’on souhaite poser aux autres.

Comme ces enfants qui abreuvent leurs parents de « pourquoi ? » toute la sainte journée au grand dam de ces derniers.

Ou cette génération de trentenaires, autrement appelée génération Y, dont d’aucuns prétendent qu’elle est une invention marketing alors que tous les jours nous donnent la preuve de son existence effective, et dont l’appellation serait justement un écho au « Why? » infantile.

Je reviendrai sur la question Y dans une « lettre aux trentenaires » dont j’ai démarré la rédaction et que je posterai un jour ou l’autre.

Quand ? C’est là toute la question.

Car, aujourd’hui, la question en jeu n’est pas là. Ce n’est pas de la question jeune dont il va être question. La question qui fait question est … le questionnement.

Premier impératif : « Se poser et avoir des questions à poser », ai-je dit plus haut.

Te poses-tu des questions, Nathanaël ?

Et en as-tu à poser à ton prochain ?

Pourrais-tu chanter comme Bashung :  ♩♩ J’ai dans les bottes des montagnes de questions ♩♩  ?

La curiosité est nécessaire pour qui veut s’exercer au redoutable art de la question.

Mais, elle n’est en aucun cas suffisante. Il faut aussi savoir comment poser les questions, quelles questions poser et quand les poser.

Tout un programme, en somme !

Parler de solfège du questionnement n’a rien d’usurpé.

Il faut savoir jouer de toute la gamme des questions que nous offrent le français.

Comme nos vies sont riches en problèmes de tous genres à résoudre, notre langue est riche de questions de toutes sortes à poser.

Grands questionneurs 

Tout de même, il faut que tu saches que l’art du questionnement ne date pas d’hier.

Socrate est le premier à l’avoir manié avec la plus grande des dextérités.

Platon s’en fit le scribe à travers des dialogues restés dans l’histoire de la philosophie et de la littérature.

Le questionnement qu’il pratiquait et que l’on appelle de nos jours questionnement socratique visait à pousser ses interlocuteurs dans leurs retranchements. A leur faire prendre conscience de leurs contradictions et à les amener à mettre en doute leurs certitudes les mieux établies.

Une telle remise en question déplut dans les hautes sphères. Les édiles de l’époque condamnèrent Socrate à boire la ciguë pour corruption de la jeunesse … Tiens, tiens, les athéniens avaient eux aussi leur génération Y !

On ne trouve pas grand chose sur l’art du questionnement au Moyenâge.

Pourtant, une institution avait sa manière bien à elle de le pratiquer. Je veux parler de l’inquisition qui passait les suspects … à la question avec des moyens tellement efficaces que les suspects passaient tous aux aveux, même et surtout, les innocents.

Moins violent que l’inquisition, mais à rebours complet du questionnement philosophique, le piètre exemple donné en la matière par un certain journalisme.

Étrangement, les journalistes dont c’est pourtant le métier, ne sont pas toujours de bons questionneurs. Les plus mauvaises questions sortent, ainsi, de la bouche des journalistes politiques de télé et de radio.

Avides de piéger ou de mettre face à leurs contradictions, les hommes politiques dont ils n’apprécient pas les idées, ils les bombardent de questions sans leur laisser le temps d’exprimer leur pensée. Quand ils ne donnent pas tout bonnement leur avis, leur opinion, à travers des questions d’une neutralité plus que douteuse.

La palme revient sans aucun doute à ce journaliste célèbre, qui de Georges Marchais à Bruno Le Maire fut tant de fois remis en question mais qui jamais ne varia son mode de questionnement orienté, parfois moqueur, et ce depuis qu’il officie dans les médias français. C’est à dire si mes sources sont bonnes, l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la deuxième République, le 20 décembre 1848.

Bienveillance

Le journalisme français de télé-radio a pourtant connu deux grands interviewers : Jacques Chancel et Bernard Pivot.

Chancel avait les questions les plus simples mais les plus fondamentales.

Quand il interrogea Georges Marchais en 1978 dans Radioscopie (le générique de l’émission me replonge immédiatement dans des parfums d’enfance, pas toi ? Ah, non, tu n’étais pas né !) avec sa question devenue culte « Et-Dieu-dans-tout-ça ? », il réussit la plus belle des questions, la plus ouverte, la plus intense, la plus centrale.

« Et Dieu dans tout ça ? » suivi d’un silence, c’était l’autorisation donnée à son invité de parler réellement, véritablement, authentiquement, peut-être pour la première fois de sa vie, sur une onde nationale.

Quant à Pivot, quel est l’auteur à avoir quitté le plateau d’Apostrophe ou de Bouillon de cultures sans avoir eu le sentiment d’avoir été interrogé sur ses réelles intentions et avoir eu le temps et l’espace de les exprimer ?

D’où l’on déduit que l’art du questionnement réclame également une grande bienveillance à l’égard de son interlocuteur.

Parfois, une bonne question peut valoir mille arguments.

Comme ces ténors du barreau qui d’une seule question adroitement posée peuvent confondre un coupable ou, au contraire, démolir le savant échafaudage monté par l’accusation.

Le tueur en série, Guy Georges, fut ainsi piégé par l’une des avocates des familles de victimes, Me Solange Doumic, quand elle lui demanda : « Vous êtes gaucher ou droitier ou les deux ? »

Guy Georges répondit « droitier » en levant le poing droit, comme un geste menaçant.

L’avocate enchaîna : « Vous voulez dire que quand vous tenez un couteau, vous le tenez de la main droite ».

Guy Georges en resta interdit, le poing levé, laissant à chacun le soin d’imaginer ses meurtres.

Une semaine plus tard, il avouait.

Les juifs, aussi, étaient passés maîtres dans l’art de la question.

Ne dit-on pas que lorsque l’on pose une question à un rabbin, celui répond toujours par une autre question ?

Je ne résiste pas à te raconter la plus jolie des blagues juives que je connaisse :

« – Pourquoi vous les juifs quand on vous pose une question, vous répondez par une autre question ?

– Et pourquoi pas ? »

Humilité

L’art de la question implique chez celui qui le pratique certes de la curiosité et de la bienveillance mais aussi de l’humilité.

Adopter une position basse est essentiel.

Avoir des questions à poser à l’autre est pour moi la définition même d’une position basse. Parce qu’on ne sait pas tout dans la vie. Les autres ont souvent la réponse ou ont une réponse différente de nous. Dès lors, pourquoi ne pas les questionner pour la connaître ?

Je précise que humilité ne veut pas dire s’humilier. Tout comme une position basse ne veut pas dire s’abaisser.

Quant à l’arrogance, elle est à proscrire, Nathanaël, si tu souhaites devenir un grand questionneur devant l’éternel. D’ailleurs, connais-tu l’étymologie du mot « arrogant » ?

A-rogare, avec le « a » privatif et « rogare » qui veut dire questionner. L’arrogant, c’est donc celui qui ne se pose pas de question. C’est pourquoi, on dit qu’il a réponse à tout.

Questionnement du pnliste et du coach

Un jour, figure-toi, à force de me questionner sur mon avenir professionnel, ma route a croisé celle de la programmation neurolinguistique (PNL).

La PNL a une image mitigée en France.

Pourtant, ses créateurs (Grinder, Brandler et Dilts) ont élaboré des stratégies de questionnement parmi les plus efficaces pour accompagner et venir en aide à qui cherche à réaliser ses rêves personnels et professionnels.

Leurs quatre grands modèles de questionnement m’aident dans ma pratique de conseil tous les jours :

  • La clarification de l’objectif,
  • Le Métamodèle,
  • Les Niveaux Logiques,
  • Le SCORE.

Mon passage en 2015 par l’Institut Repère m’a permis d’acquérir et m’approprier ces stratégies de questionnement qui me semblent indispensables pour qui veut aider et prendre soin de son prochain et de lui-même.

L’apprentissage du questionnement PNL est d’ailleurs un préalable parfait à la certification de coach qu’il me manque encore.

Le bon coach est un artiste du questionnement. Tu en connais la définition : par ses questions, il amène son client à trouver les réponses aux questions que ce dernier se pose et, de fil en aiguille, à résoudre ses problèmes.

Le questionnement du coach emprunte à différentes disciplines mais principalement à la PNL et au questionnement socratique.

A la différence de Socrate, son questionnement ne vise pas à pousser l’interlocuteur dans ses retranchements mais à l’aider à trouver des solutions. C’est un questionnement qui vise à prendre soin. Un questionnement à visée thérapeutique, si l’on accepte ce terme dans un sens large, celui du care, du soin apporté à l’autre.

Les recruteurs 

Evidemment, ce panel de questionneurs ne serait pas complet, si je n’en citais une espèce que l’on a tous, au moins une fois dans notre vie, rencontrée : je veux parler du recruteur.

Un jeune homme qui officie sur le réseau social Linkedin (Tu connais ?) a intitulé, un jour, l’un de ses posts : « La plupart des recruteurs sont mauvais« .

Etant lui-même recruteur, il sait, sans nulle doute, de quoi il parle.

Je ne me permettrais pas, pour ma part, une telle algarade. Je me contente d’écouter ce qu’en disent les clients que je prépare à l’entretien de recrutement et de les aider, de mon mieux, à répondre aux questions qui leur sont adressées.

Tu me diras : « Très bien tout ça. Mais moi qui ne suis ni consultant, ni conseiller, ni coach, ni journaliste, ni pénaliste, ni pnliste, ni philosophe, ni inquisiteur, ni chanteur, ni rabbin, ni recruteur, à quoi bon peuvent me servir tous tes développement sur l’art de la question ? »

Je réponds à ta question, Nathanaël, j’y réponds.

Ne sois pas si impatient.

Solfège du questionnement

J’ai eu la chance de vivre, il y a de cela dix années, une journée de formation animée par Lionel Bellanger, pédagogue très réputé et auteur d’un ouvrage fondamental sur la question du questionnement appelé sobrement : « Techniques de questionnement ».

C’est de lui d’ailleurs que je tiens la formule « Solfège du questionnement ». Ma formation et la lecture de son ouvrage m’ont fait faire mes premières armes en matière de questionnement.

La PNL vint après, pour ce qui me concerne.

Que veut-il signifier avec cette métaphore ?

Tout simplement, que pour bien questionner, il faut avoir une large palette de questions à sa disposition : questions ouvertes, questions fermées, questions fermées alternatives, questions relais, questions écho, etc.

Il en donne de nombreux exemples dans son ouvrage. Lesquels ? Il se fait tard, Nathanaël, pour que je t’en parle. Demain … peut-être …

Vois-tu maintenant pourquoi il est important que tu connaisses l’art de questionner ?

Non ? Toujours pas ?

Parce que tu en auras toujours besoin dans ta vie professionnelle comme dans ta vie personnelle.

Poser des questions adroites à tes proches t’évitera bien des déboires.

Dans ta vie professionnelle, aussi, tu en auras besoin. Avec tes clients, tes collègues, tes managers, ton patron.

Et même lorsque tu seras en recherche d’emploi, il te faudra savoir poser des questions. Par exemple, au moment de l’entretien de recrutement quand le recruteur te demandera : « Avez-vous des questions à poser ? »

Et également, dans le cadre de ta démarche réseau qui est le lieu par excellence du questionnement. Je consacre toujours une séquence au solfège du questionnement quand j’anime une formation sur le réseau.

Évidemment, je ne leur parle pas de toutes ces considérations sur l’art de question.

Si je t’en parle à toi, c’est que j’ai eu l’impression d’avoir affaire à une oreille attentive. Je ne me suis pas trompé ?

Non. Avec les participants, j’en reste au niveau le plus praticopratique : Quelles questions poser ? Comment les poser ? A quel moment les poser ? Comment faire une demande d’entretien réseau ?

J’ai même créé une méthode de demande d’entretien réseau : la méthode de La méthode de l’APEROT ( prononcer Apéro ). Je t’en ai déjà parlé ?

La problématologie

Quand même, il faut que je te dise : je n’aurais pas été complet sur la question du questionnement si je ne mentionnais pas qu’elle a son école philosophique : l’école de la problématologie fondée par Michel Meyer. Ce philosophe contemporain issu du courant de la nouvelle rhétorique a eu une idée que je trouve, pour ma part, géniale : à la base de tout énoncé, il y a une question dont l’énoncé est la réponse. Dès lors, il importe pour bien le comprendre d’en remonter la source en retrouvant cette question.

Or, tout autant que nous sommes, nous nous jetons sur les réponses avant même d’avoir fini l’examen des questions qui se posent.

Pour combattre ce travers, il propose, à l’instar du refoulement de la psychanalyse, de refouler la réponse tant que la question n’a pas été correctement posée.

Voilà, Nathanaël.

J’espère, avec ce post, avoir fait le tour de la question. Et n’avoir passé aucune de tes questions à la trappe.

En as-tu d’autres ? Non ?

Ça tombe bien. Il se fait tard. J’ai très envie de regagner mes pénates.

Questions rhétoriques

Ah si ! Un dernier mot. T’es-tu aperçu que je te questionnais régulièrement durant mon long monologue ? T’es-tu demandé why, comme tous les jeunes de ta génération ? Tu as sans doute remarqué que je n’attendais aucune réponse de ta part et que je continuais imperturbablement mon babil ?

Ces questions dont je n’attendais de ta part aucune réponse, en fait, ce sont de fausses questions. On les appelle, en argumentation, des questions rhétoriques.

Elles ne sont pas là pour faire joli. Elles sont destinées à donner de l’élan à mon exposé et à relancer ton attention. Ce sont des leurres pour ton cerveau. Car quiconque entend une question se met instantanément en état d’y répondre même s’il n’y a pas lieu.

Tu te le rappelleras ?

JC HERICHE, 9 Février 2017

(A suivre)

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