A mes clients qui n’ont jamais de temps à eux ( Je vous offre cette tomate )

Dans cet article, je vous donne la méthode anti-procrastination ultime pour avoir toujours plein de temps à vous. Et j’explore une possible raison de votre manque de temps. 

(6 mn de lecture)

Les avez-vous rencontrés ces gens qui n’ont jamais de temps pour eux ?

Certains des clients qui me consultent sont comme ça.

Ils n’ont pas le temps pour faire des entretiens réseau. Ils n’ont pas le temps pour parler à leurs collègues. Ils n’ont pas le temps d’être sur les réseaux sociaux. Ils n’ont pas le temps pour chercher un nouvel emploi.

Et les voilà, amers ou désemparés, dans mon bureau, se plaignant de leur manque de temps.

A moi qui ai tout mon temps pour les écouter, les questionner, m’intéresser à eux …

La valeur la plus précieuse n’est pas tant l’argent que le temps. Le temps pour soi. le temps pour rencontrer. Le temps de la réflexion. Le temps de l’action. Le temps de vivre. Le temps d’aimer et d’être aimé.

Rappelez-vous l’Ecclésiaste :

« Toutes choses ont leur temps, et tout passe sous le ciel dans les délais qui lui ont été fixés. »

Mais, comment se fait-il que d’aucuns et d’aucunes manquent aussi cruellement de temps ?

La première explication qui vient à l’esprit est celle d’un manque d’organisation. La plupart des gens qui se plaignent de manquer de temps sont des procrastineurs finis.

Ils ont adopté les principes « sains » que m’avait inculqués un ami, il y a bien longtemps :

« Ce que tu peux faire aujourd’hui, remets-le à demain.« 

· « Ce que tu peux faire toi-même, fais-le faire par les autres.« 

Je ne leur jette pas la pierre. J’ai été moi-même un grand procrastineur. Parait-il que les génies en sont eux-mêmes.

De là à nous trouver géniaux … il n’y a qu’un pas. Vous ne trouvez pas !

Si vous n’avez jamais de temps, si vous procrastinez, c’est effectivement que vous ne savez pas vous organiser. Or, vous pourrez acheter tous les manuels d’organisation, suivre toutes les formations sur la gestion du temps, dépensez des milliers d’euros, vous ne serez pas plus avancé. Car une seule méthode fonctionne en matière de gestion du temps.

La seule méthode anti-procrastination qui marche

Une méthode qui en paraît risible tellement elle est simple. Des tartines ont été rédigées dessus. Des dizaines de posts ont été écrits sur elle. Vous la connaissez sans doute. Mais, vous l’avez oubliée car entre-temps vous en avez découvert des milliers d’autres qui n’ont pas fonctionné. Ou alors, vous ne la connaissez pas, et allez la découvrir, là aujourd’hui, au bout de ces paragraphes.

Cette méthode que j’utilise chaque jour. Qui me permet d’écrire des dizaines d’articles et de posts par mois et de faire tout mon travail administratif que que je trouve si fastidieux. Cette méthode qui me permet de passer d’une tâche à l’autre. Cette méthode qui me permet de me concentrer à fond sur chacune d’elles. Cette méthode qui me libère tellement de temps que j’en ai toujours pour une conversation en ligne ou en réel. Cette méthode qui m’a tant fait gagner en efficacité. Cette méthode grâce à laquelle j’ai décuplé ma productivité. Cette méthode qui me fait aller au bout de mes projets.

Cette méthode …

Oui ? Quoi ? Je ne vous ai pas donné son nom ? Ah ! Mais comment ? Vous ne connaissez pas la méthode POMODORO !!!!

Bande de Béotiens ! Allez ! Tapez le nom de la « méthode Tomate » sur votre navigateur. Des dizaines d’articles l’expliquent. Elle s’apprend en 30 secondes et fera de vous de supers travailleurs qui auront toujours plein de temps à eux !

Je viens de vous faire économiser pas mal d’euros. J’espère que vous en avez conscience !

Maintenant, Pomodoro risque de ne pas suffire à certains d’entre vous.

D’autres causes vous font ne pas agir. Et plutôt qu’incriminer le temps qui manque, si l’on se penchait sur le sujet le plus tabou qui soit : la peur.

Oui, la peur.

Et si la vraie raison de votre procrastination était la peur 

Celle qui vous étreint. Celle qui vous empêche d’avancer. D’agir.

Celle qui vous cloue au sol avec vos ailes de géant.

La peur qui vous fait oublier de penser. La peur qui vous fait négocier avec votre conscience.

Celle qui vous fait accepter même l’inacceptable.

Celle qui marque « La fin du courage« comme l’écrit la philosophe Cynthia Fleury.

La peur que vous ne vous avouez pas. La peur qui vous fait renoncer.

La peur que nous ressentons tous. Que je ressens tout comme vous.

C’est bien d’elle qu’il nous faut nous entretenir ici.

Il parait que l’on a tous trois peurs fondamentales : peur de l’échec, peur de ne pas être à la hauteur, peur de ne pas être parfait.

Chez Switch collective, ils utilisent, pour leur part, un modèle à 5 peurs sur lequel ils font travailler toute une soirée les participants à leur programme de changement de vie professionnelle. (A ce propos, Claire Delétraz et Béatrice Moulin, les co-fondatrices, se débrouillent pas mal car chaque mois elles réussissent à emmener avec elles des cohortes de 50 personnes qui veulent transformer leur vie).

Cependant l’explication la plus convaincante de la peur, je l’ai trouvée dans le livre d’une coach américaine, « Tremblez mais osez ! » : Toutes les peurs, quelles qu’elles soient, ont une origine commune : la peur de ne pas savoir faire face. 

Ainsi, si nous ne quittons pas l’emploi qui nous empoisonne, si nous ne rompons pas avec des personnes toxiques, si nous ne changeons pas un comportement nocif, c’est parce que nous avons la crainte de ne pas savoir affronter notre nouvelle réalité. 

Prenons conscience, pourtant, qu’il s’agit d’une croyance limitante et en grande partie erronée car si nous y réfléchissons un peu : jusqu’ici, nous avons toujours su faire face.

Non ? Ne croyez-vous pas ?

Sinon, nous ne serions pas là, tous ensembles, en train de disserter sur le temps et sur nos peurs.

Dès lors, les deux questions fondamentales à nous poser sont :

1.   De quelles peurs sommes-nous le nom ?

2.   Que nous faudrait-il pour les surmonter ? De quoi aurions-nous besoin pour nous sécuriser ?

Il est temps de nous les poser car comme dit le poète :

« Hâte toi de transmettre / Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance / Effectivement tu es en retard sur la vie. » René Char

JC Heriche, le 26 août 2017

A suivre aussi sur Twitter @Jheriche

PS 1 : Sur le temps, ma chanson préférée : Le temps de vivre – Georges Moustaki (1934-2013)

PS 2 : Sur la peur, le magnifique texte de l’écrivaine Nancy Huston : Métaphysique de la trouille

De quoi l’affaire du petit Grégory est-elle le nom ?

Alors que l’affaire Grégory resurgit d’un passé que les moins de 30 ans n’ont pas connu, et revient hanter programmes et journaux télévisés, il peut être intéressant de s’arrêter quelques instants sur sa signification.

(800 mots – 5 mn de lecture)

Le 16 octobre 1984, a lieu l’assassinat d’un enfant.

Commence l’affaire Gregory, une énigme qui va rendre fous ceux qui l’approchent de trop près : juges, policiers, gendarmes, journalistes, ainsi qu’une écrivaine célèbre qui écrira des ignominies sur la mère « sublime, forcément sublime » mais aussi « coupable, forcément coupable », dans le journal Libération. 

La France va se passionner pour l’affaire. Une partie des Français prendra parti pour la thèse du cousin jaloux (Bernard Laroche) et l’autre pour celle de la mère infanticide (Christine Villemin).

En 1993, celle-ci sera définitivement mise hors de cause par la justice française qui lui présentera ses excuses. Quant à Laroche, son assassinat par Jean-Marie Villemin, le père du petit Gregory, éteindra toute action judiciaire et fera de lui de facto un innocent.

Deux innocents pour un meurtre, cela en fait un de trop.

A moins qu’il faille chercher ailleurs.

Trente-trois ans plus tard, un logiciel (Anacrim) rend son verdict : il pourrait s’agir d’un complot familial dans lequel auraient trempé le grand oncle et la grande tante de Grégory, peut-être sa grand-mère et le déjà nommé Bernard Laroche.

Un complot familial

Cela vous semble tout droit sorti de quelque roman du 19ème siècle, non ?

Cela ne peut s’être produit que dans quelque lointaine province reculée de la France, vous dites-vous ? 

En êtes-vous si sûr ? 

On ne connaît pas (encore) le nom des assassins. Peut-être, ne les connaîtrons-nous jamais tant les protagonistes semblent soudés dans une omerta vosgienne qui n’a rien à envier à celle pratiquée en Corse.

Mais ce que l’on connait, c’est le mobile du crime. Les lettres du Corbeau, les enregistrements des appels téléphoniques ne laissent planer aucun doute là-dessus.

Ce qui a armé le bras du ou des tueurs, c’est l’envie. Envieux qu’il(s) étai(en)t de la réussite du « chef » comme sa famille avait surnommé Jean-Marie Villemin.

Et ça, l’envie ne connait ni frontière, ni époque. Elle est intemporelle, universelle

Il y a l’envie qui déchire les fratries lorsque l’un ne veut plus voir les autres parce qu’ils ont mieux réussi que lui. Enfin, le croit-il. 

L’envie qui est à l’œuvre entre collèguesQui les empêche de reconnaître les mérites des uns et des autres. Qui fait qu’un collègue ne viendra que rarement dire, spontanément, à un autre le bien qu’il a entendu dire de l’un de leurs clients. 

L’envie qui est à l’origine de la plupart des faits divers les plus sordides. 

René Girard parle du désir mimétique qui nous fait vouloir ce que le voisin possède. Il prévient : la violence qui en découle conduit l’humanité à sa perte. 

Or, l’envie, si je puis me permettre, est une passion française. Une mauvaise passion française.

En France, sous couvert de grands principes ou d’idées progressistes, on est facilement envieux de ce que possède l’autre, celui qui a réussi, celui qui gagne de l’argent.

Je me rappelle ce syndicaliste qui n’avait jamais de mots assez durs pour la Direction et qui, dès qu’il eut le poste de ses rêves, devint doux comme un agneau et retint ses troupes.

Je me rappelle l’un de mes grands-pères. Communiste, il haïssait mon autre grand-père, petit PDG, qui était à ses yeux un « bourgeois ». Mais dès qu’il fut plus à son aise, il fit comme lui, s’acheta une maison de campagne et, fut très fier d’avoir acquis un salon en merisier.

L’envie. Passion française. 

Je me demande si l’historien anglais Théodore Zeldin, qui a publié une Histoire des passions françaises en 5 volumes, en parle.

J’irai vérifier un jour.

Mais d’où peut bien provenir cette envie qui nous transforme en « hommes et femmes aux passions tristes » pour reprendre l’expression fameuse du philosophe Baruch Spinoza ? 

Le même Spinoza nous aide à en comprendre les mécanismes.

Nous poursuivons des rêves éveillés où l’argent, les honneurs, les plaisirs coulent à flot.

Que nous les atteignons ou pas, pour le « petit juif hollandais » comme le surnommait Voltaire, il s’agit là de faux biens.

Le vrai bien réside dans la connaissance, le savoir, un savoirfaire pratique qui nous arrachent à l’esclavage de l’ignorance et nous conduit tout droit à la liberté de l’âme, la puissance de penser et d’agir et à la Joie

Gardons-nous des faux biens.

Révérons le vrai bien.

Le bonheur est à ce prix.

Pour cela, renonçons au comparatisme que nous pratiquons allègrement entre nous  (« Il a ça et pas moi »), car il nous tue à petit feu.

L’envie a tué le petit Grégory.

Sa mort, aussi vaine et sinistre soit-elle, est là à jamais pour nous rappeler de ne jamais céder à ce mauvais penchant. 

JC Heriche, Saint-Laurent de Cerdans, le 23 juillet 2017

( A suivre aussi sur : Linkedin JC Heriche ; Twitter @Jheriche )

Heureux comme un surdoué !

Il y a quelques mois, une consœur m’a pris a part pour me faire une drôle de confidence.

Elle avait quelque chose à me dire et ça faisait longtemps qu’elle voulait m’en parler mais n’en avait pas encore eu l’occasion.

Voilà ce qu’elle souhaitait me confier : elle était … comment dire … précoce. Sa fille consultait un thérapeute spécialisé dans la précocité. Elle l’avait consulté, elle-même, et le psy lui avait confirmé ce qu’elle présentait depuis un moment : elle, aussi, était précoce.

Elle voulait m’en parler parce qu’à son sens, tout comme elle, je l’étais … je veux dire : précoce.

J’avais déjà entendu l’expression et savais que c’est ainsi qu’on désigne les surdoués.

La révélation de ma consœur était de taille. Cela fait 20 ans que je la connais et sa précocité ne m’avait jamais vraiment frappé jusqu’ici. Mais bon, passons …

En ce qui me concerne, son diagnostic me laissa relativement froid. D’une part, parce que la surdouance est un sujet qui me fait bailler aux corneilles. D’autre part, parce qu’être surdoué ne m’a jamais paru chose enviable.

J’ai toujours vu les surdoués comme de pauvres hères asociaux, encombrés par une intelligence qui ne leur permet pas de réussir leur vie professionnelle et personnelle à cause d’une inadaptation au monde tel qu’il est.

Ma consœur mis un terme à notre conversation en me recommandant un livre dont elle ne se rappelait plus le titre (sic) mais dont elle se faisait fort de m’envoyer la référence très bientôt.

J’appris par mail, le lendemain, que l’ouvrage en question s’appelait : « Trop intelligent pour être heureux ».

Je lui répondis aussitôt : « Aucune chance que je sois un Zèbre  (ie. un surdoué), je suis heureux à un point que tu ne soupçonnes même pas. Si être surdoué, c’est être malheureux, alors je dois plutôt être sous-doué ! »

Nous n’avons plus abordé le sujet. Elle a du comprendre que je n’étais pas le bon client. Et je n’ai plus repensé à ces histoires de surdouance. D’autant que cela fait un moment que je ne vois plus fleurir de posts sur le sujet sur les réseaux sociaux, alors que c’était la grande mode en 2016.

Et puis, voilà qu’en flânant dans les travées de la librairie Gibert Jeune, je tombe sur un livre« Le livre des vrais surdoués »

L’auteur s’appelle Beatrice Millêtre et à lire la liste des livres qu’elle a ecrit (une vingtaine) sur des sujets très variés, il lui en faut bien autant.

Un peu comme Benjamin Millepied pour être danseur étoile !

(Du nom dans le destin des personnes, disait Lacan … S’il dit vrai, au passage, je devrais bientôt être multimillionnaire !)

D’un coup d’un seul, Béatrice Millepied m’a réconcilié avec le sujet : on peut donc être surdoué et être heureux. C’est même le cas de la plupart des surdoués, selon elle.

Très bien. Enfin, un discours qui ne soit pas doloriste ou victimaire sur ces pauvres surdoués incompris par le système, leurs collègues, leur hiérarchie, leurs professeurs, leurs condisciples.

La thèse de Beatrice Millepied, à rebours de tout ce qu’on entend ici et là, est que :

1/ les surdoués sont heureux

2/ les surdoués réussissent très bien dans la vie et même mieux que les autres car ils bénéficient d’un fort QI et d’une forte intuition (que d’aucuns appellent le QE ou quotient émotionnel)

3/ il y a des surdoués malheureux et/ou qui ratent leur vie, pas du fait de leur surdouance, mais parce qu’ils n’ont pas les conditions de vie adéquates pour laisser s’épanouir leur génie. (Ne pas confondre corrélation et lien de cause à effet)

Alors ?

Ce bouquin m’a-t-il fait réviser mon auto-appréciation sur ma propre surdouance ?

Pas vraiment.

Je n’ai pas réussi de grandes écoles. Je n’ai pas une carrière extraordinaire. Je n’ai pas (encore) légué de chefs d’oeuvre impérissables dans quelque art que ce soit.

Je ne suis, certes pas, surdoué.

Je me contente d’être « JC le bienheureux » qui veut ne jamais ressembler à ces « hommes et femmes aux passions tristes » (comme les appelle Spinoza).

Comme je l’ai écrit il y a quelques mois, j’ai en horreur l’esprit de sérieux, ce crime contre la vie et la pensée.

Je me contente de faire ce pour quoi je suis doué, et pas surdoué : écouter, parler, lire (ce vice impuni dont parle Valery Larbaud), écrire et penser.

Et, m’émerveiller tous les jours de faire un métier qui me permette de pratiquer mes cinq activités préférées et développer mes points forts !

 JC Heriche, le 8 Mai 2017

(A suivre)

PS : Je ne vous recommande pas le livre sur les surdoués que j’évoque dans ce post. Autant la thèse me semble pertinente, autant le livre ne la sert en rien, tant il est mal construit, mal écrit et se contentant d’accumuler des notions sur le cerveau, les tests d’intelligence et des exemples peu intéressants.

Le summum étant atteint par le test de surdouance placé à la fin. Présenté sans aucunes explications, on comprend vite ce qu’il faut répondre pour être identifié comme surdoué : Il suffit d’avoir lu le livre !

Ce qui débouche sur une idée vertigineuseEt si nous étions tous surdoués ? 

L’axiome de Wayne

Dans ce post, je vous révèle un concept de développement personnel ultra-puissant. Mais, Chut ! C’est un secret ! N’en parlez pas aux autres … 

Un jour, mon ami JP Briottet m’a parlé de « l’axiome de Wayne » dont il est l’auteur (mon ami JP est l’homme le plus créatif et le plus drôle que je connaisse).

Et, j’ai enfin compris. Grâce à lui, j’ai arrêté de courir après des chimères.

Qu’est ce que l’axiome de Wayne devez-vous vous demander ?

Voilà la définition que m’en a livrée JP, un jour où pour la énième fois je lui demandais sa signification.

Je suis comme ça. Les idées vraiment fondamentales, il faut me les répéter plusieurs fois. Pas comme les compliments qu’il ne faut pas me répéter deux fois pour que je les comprenne ! (de qui, déjà, cette vanne ? Mark Twain ou Jules Renard ? Quelqu’un le sait-il ?)

Mais, trève de digression, voici la définition de l’axiome de Wayne.

Le père de John Wayne, vous savez le cow-boy des westerns de notre enfance, a dit un jour à son fils :

 « Tu as fait 100 métiers. Maintenant tu arrêtes. Tu fais pas comme 99% des gens qui s’échinent à vouloir faire quelque chose dans lequel ils sont mauvais. Tu fais là où tu es bon. » 

Et, John Wayne est devenu comédien.

Qu’est ce qui se passe pour ceux qui n’ont pas eu un père aussi perspicace que celui de John Wayne ?

Et bien, ils passent leur vie à compenser là où ils sont mauvais.

Pourquoi à votre avis ?

Pour des raisons d’image sociale, de pression familiale, de prestige.

Parfois, je rencontre cette sorte de gens qui veulent faire quelque chose pour laquelle, de toute évidence, ils ne sont pas faits.

Certains, par exemple, s’acharnent à vouloir écrire alors que, comme l’a écrit La Bruyère :

« La gloire ou le mérite de certains hommes est de bien écrire ; et de quelques autres, c’est de n’écrire point. »

Moi même, je suis sporadiquement affecté par ce mal.

Pendant des années, je me suis astreint à prendre des cours de chant alors que je chante comme une casserole.

Ma femme qui n’a jamais pris de cours de sa vie chantait toujours plus juste que moi les chanson que j’apprenais en cours.

Grace à l’axiome de Wayne, j’ai arrêté de prendre des cours de chant pour me tourner vers des activités que je maîtrise mieux : la conversation, l’écriture, l’humour.

J’ai du quitter ma chère prof, avec regrets d’ailleurs, tant elle était parfaitement timbrée comme il sied à toutes bonnes prof de chant.

Car, comme le postule l’axiome de Wayne, ce ne sont pas nos points faibles qu’il nous faut chercher à améliorer mais nos points forts !

Dès lors, exit The Voice !

A moi, les réseaux sociaux !

Et vous ? 

Êtes-vous du genre à poursuivre des objectifs inatteignables ?

Ou avez-vous arrêtez pour vous tourner vers des domaines où vous êtes vraiment bons ? 

D’ailleurs, connaissez-vous vos domaines d’excellence ? 

Et cherchez-vous à les améliorer ? 

Une fois prochaine, je vous parlerai du paradoxe de Wittgenstein dont je suis l’auteur. Car il n’y a pas que JP qui soit créatif !

JC Hériche, le 24 avril 2017

(A suivre !)

PS 1 : En photo, vous l’aurez reconnue : Lou Maï de l’émission The Voice. Lors des sélections à l’aveugle du 1er avril, elle a chanté. Les coachs se sont tous retournés. Un ange était passé.

PS 2 : Bernard Anselem, auteur du livre « Ces émotions qui nous dirigent« , chez Alpen, apporte à ce post un complément très intéressant :

1/ Le développement de nos forces plutôt que nos faiblesses n’est pas quelque chose qui est cultivée par l’éducation, l’école ni les parents. Or, la psychologie positive a redécouvert depuis une quinzaine d’années les vertus d’une telle attitude.

2/ Pour connaitre nos points forts, il propose de nous aider de l’avis de nos proches et/ou de passer le test de l’université de Pennsylvanie : http://www.authentichappiness.sas.upenn.edu/

 

 

 

Solfège du questionnement

Dans ce post, j’interroge l’art de questionner en cherchant à faire le tour de la question.

Nathanaël, cela fait plusieurs fois que tu me réclames le post sur le Solfège du questionnement que j’évoquais à la fin de mon tout premier article sur le web en août de l’an 2016. Article que je consacrai à l’art de l’écoute et que j’intitulai, alors, assez discourtoisement : « Tais-toi ! »

Nathanaël, ton insistance a payé. Ce soir, je me suis enfin décidé à écrire le post en question.

Ecouter est un art. Questionner en est un autre, mais d’un degré plus élevé, tant il demande d’habileté et de connaissances.

Poser des questions ne s’improvise pas si l’on veut en obtenir des réponses intéressantes. Et comme, n’est pas grand écoutant qui veut, n’est pas grand questionneur qui le souhaite.

Une formation et une longue pratique du questionnement s’imposent.

Curiosité

En premier lieu, être curieux est un atout indispensable pour quiconque veut exceller dans la discipline.

Car en somme, la curiosité n’est ni plus ni moins qu’avoir des quantités de questions que l’on se pose et que l’on souhaite poser aux autres.

Comme ces enfants qui abreuvent leurs parents de « pourquoi ? » toute la sainte journée au grand dam de ces derniers.

Ou cette génération de trentenaires, autrement appelée génération Y, dont d’aucuns prétendent qu’elle est une invention marketing alors que tous les jours nous donnent la preuve de son existence effective, et dont l’appellation serait justement un écho au « Why? » infantile.

Je reviendrai sur la question Y dans une « lettre aux trentenaires » dont j’ai démarré la rédaction et que je posterai un jour ou l’autre.

Quand ? C’est là toute la question.

Car, aujourd’hui, la question en jeu n’est pas là. Ce n’est pas de la question jeune dont il va être question. La question qui fait question est … le questionnement.

Premier impératif : « Se poser et avoir des questions à poser », ai-je dit plus haut.

Te poses-tu des questions, Nathanaël ?

Et en as-tu à poser à ton prochain ?

Pourrais-tu chanter comme Bashung :  ♩♩ J’ai dans les bottes des montagnes de questions ♩♩  ?

La curiosité est nécessaire pour qui veut s’exercer au redoutable art de la question.

Mais, elle n’est en aucun cas suffisante. Il faut aussi savoir comment poser les questions, quelles questions poser et quand les poser.

Tout un programme, en somme !

Parler de solfège du questionnement n’a rien d’usurpé.

Il faut savoir jouer de toute la gamme des questions que nous offrent le français.

Comme nos vies sont riches en problèmes de tous genres à résoudre, notre langue est riche de questions de toutes sortes à poser.

Grands questionneurs 

Tout de même, il faut que tu saches que l’art du questionnement ne date pas d’hier.

Socrate est le premier à l’avoir manié avec la plus grande des dextérités.

Platon s’en fit le scribe à travers des dialogues restés dans l’histoire de la philosophie et de la littérature.

Le questionnement qu’il pratiquait et que l’on appelle de nos jours questionnement socratique visait à pousser ses interlocuteurs dans leurs retranchements. A leur faire prendre conscience de leurs contradictions et à les amener à mettre en doute leurs certitudes les mieux établies.

Une telle remise en question déplut dans les hautes sphères. Les édiles de l’époque condamnèrent Socrate à boire la ciguë pour corruption de la jeunesse … Tiens, tiens, les athéniens avaient eux aussi leur génération Y !

On ne trouve pas grand chose sur l’art du questionnement au Moyenâge.

Pourtant, une institution avait sa manière bien à elle de le pratiquer. Je veux parler de l’inquisition qui passait les suspects … à la question avec des moyens tellement efficaces que les suspects passaient tous aux aveux, même et surtout, les innocents.

Moins violent que l’inquisition, mais à rebours complet du questionnement philosophique, le piètre exemple donné en la matière par un certain journalisme.

Étrangement, les journalistes dont c’est pourtant le métier, ne sont pas toujours de bons questionneurs. Les plus mauvaises questions sortent, ainsi, de la bouche des journalistes politiques de télé et de radio.

Avides de piéger ou de mettre face à leurs contradictions, les hommes politiques dont ils n’apprécient pas les idées, ils les bombardent de questions sans leur laisser le temps d’exprimer leur pensée. Quand ils ne donnent pas tout bonnement leur avis, leur opinion, à travers des questions d’une neutralité plus que douteuse.

La palme revient sans aucun doute à ce journaliste célèbre, qui de Georges Marchais à Bruno Le Maire fut tant de fois remis en question mais qui jamais ne varia son mode de questionnement orienté, parfois moqueur, et ce depuis qu’il officie dans les médias français. C’est à dire si mes sources sont bonnes, l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la deuxième République, le 20 décembre 1848.

Bienveillance

Le journalisme français de télé-radio a pourtant connu deux grands interviewers : Jacques Chancel et Bernard Pivot.

Chancel avait les questions les plus simples mais les plus fondamentales.

Quand il interrogea Georges Marchais en 1978 dans Radioscopie (le générique de l’émission me replonge immédiatement dans des parfums d’enfance, pas toi ? Ah, non, tu n’étais pas né !) avec sa question devenue culte « Et-Dieu-dans-tout-ça ? », il réussit la plus belle des questions, la plus ouverte, la plus intense, la plus centrale.

« Et Dieu dans tout ça ? » suivi d’un silence, c’était l’autorisation donnée à son invité de parler réellement, véritablement, authentiquement, peut-être pour la première fois de sa vie, sur une onde nationale.

Quant à Pivot, quel est l’auteur à avoir quitté le plateau d’Apostrophe ou de Bouillon de cultures sans avoir eu le sentiment d’avoir été interrogé sur ses réelles intentions et avoir eu le temps et l’espace de les exprimer ?

D’où l’on déduit que l’art du questionnement réclame également une grande bienveillance à l’égard de son interlocuteur.

Parfois, une bonne question peut valoir mille arguments.

Comme ces ténors du barreau qui d’une seule question adroitement posée peuvent confondre un coupable ou, au contraire, démolir le savant échafaudage monté par l’accusation.

Le tueur en série, Guy Georges, fut ainsi piégé par l’une des avocates des familles de victimes, Me Solange Doumic, quand elle lui demanda : « Vous êtes gaucher ou droitier ou les deux ? »

Guy Georges répondit « droitier » en levant le poing droit, comme un geste menaçant.

L’avocate enchaîna : « Vous voulez dire que quand vous tenez un couteau, vous le tenez de la main droite ».

Guy Georges en resta interdit, le poing levé, laissant à chacun le soin d’imaginer ses meurtres.

Une semaine plus tard, il avouait.

Les juifs, aussi, étaient passés maîtres dans l’art de la question.

Ne dit-on pas que lorsque l’on pose une question à un rabbin, celui répond toujours par une autre question ?

Je ne résiste pas à te raconter la plus jolie des blagues juives que je connaisse :

« – Pourquoi vous les juifs quand on vous pose une question, vous répondez par une autre question ?

– Et pourquoi pas ? »

Humilité

L’art de la question implique chez celui qui le pratique certes de la curiosité et de la bienveillance mais aussi de l’humilité.

Adopter une position basse est essentiel.

Avoir des questions à poser à l’autre est pour moi la définition même d’une position basse. Parce qu’on ne sait pas tout dans la vie. Les autres ont souvent la réponse ou ont une réponse différente de nous. Dès lors, pourquoi ne pas les questionner pour la connaître ?

Je précise que humilité ne veut pas dire s’humilier. Tout comme une position basse ne veut pas dire s’abaisser.

Quant à l’arrogance, elle est à proscrire, Nathanaël, si tu souhaites devenir un grand questionneur devant l’éternel. D’ailleurs, connais-tu l’étymologie du mot « arrogant » ?

A-rogare, avec le « a » privatif et « rogare » qui veut dire questionner. L’arrogant, c’est donc celui qui ne se pose pas de question. C’est pourquoi, on dit qu’il a réponse à tout.

Questionnement du pnliste et du coach

Un jour, figure-toi, à force de me questionner sur mon avenir professionnel, ma route a croisé celle de la programmation neurolinguistique (PNL).

La PNL a une image mitigée en France.

Pourtant, ses créateurs (Grinder, Brandler et Dilts) ont élaboré des stratégies de questionnement parmi les plus efficaces pour accompagner et venir en aide à qui cherche à réaliser ses rêves personnels et professionnels.

Leurs quatre grands modèles de questionnement m’aident dans ma pratique de conseil tous les jours :

  • La clarification de l’objectif,
  • Le Métamodèle,
  • Les Niveaux Logiques,
  • Le SCORE.

Mon passage en 2015 par l’Institut Repère m’a permis d’acquérir et m’approprier ces stratégies de questionnement qui me semblent indispensables pour qui veut aider et prendre soin de son prochain et de lui-même.

L’apprentissage du questionnement PNL est d’ailleurs un préalable parfait à la certification de coach qu’il me manque encore.

Le bon coach est un artiste du questionnement. Tu en connais la définition : par ses questions, il amène son client à trouver les réponses aux questions que ce dernier se pose et, de fil en aiguille, à résoudre ses problèmes.

Le questionnement du coach emprunte à différentes disciplines mais principalement à la PNL et au questionnement socratique.

A la différence de Socrate, son questionnement ne vise pas à pousser l’interlocuteur dans ses retranchements mais à l’aider à trouver des solutions. C’est un questionnement qui vise à prendre soin. Un questionnement à visée thérapeutique, si l’on accepte ce terme dans un sens large, celui du care, du soin apporté à l’autre.

Les recruteurs 

Evidemment, ce panel de questionneurs ne serait pas complet, si je n’en citais une espèce que l’on a tous, au moins une fois dans notre vie, rencontrée : je veux parler du recruteur.

Un jeune homme qui officie sur le réseau social Linkedin (Tu connais ?) a intitulé, un jour, l’un de ses posts : « La plupart des recruteurs sont mauvais« .

Etant lui-même recruteur, il sait, sans nulle doute, de quoi il parle.

Je ne me permettrais pas, pour ma part, une telle algarade. Je me contente d’écouter ce qu’en disent les clients que je prépare à l’entretien de recrutement et de les aider, de mon mieux, à répondre aux questions qui leur sont adressées.

Tu me diras : « Très bien tout ça. Mais moi qui ne suis ni consultant, ni conseiller, ni coach, ni journaliste, ni pénaliste, ni pnliste, ni philosophe, ni inquisiteur, ni chanteur, ni rabbin, ni recruteur, à quoi bon peuvent me servir tous tes développement sur l’art de la question ? »

Je réponds à ta question, Nathanaël, j’y réponds.

Ne sois pas si impatient.

Solfège du questionnement

J’ai eu la chance de vivre, il y a de cela dix années, une journée de formation animée par Lionel Bellanger, pédagogue très réputé et auteur d’un ouvrage fondamental sur la question du questionnement appelé sobrement : « Techniques de questionnement ».

C’est de lui d’ailleurs que je tiens la formule « Solfège du questionnement ». Ma formation et la lecture de son ouvrage m’ont fait faire mes premières armes en matière de questionnement.

La PNL vint après, pour ce qui me concerne.

Que veut-il signifier avec cette métaphore ?

Tout simplement, que pour bien questionner, il faut avoir une large palette de questions à sa disposition : questions ouvertes, questions fermées, questions fermées alternatives, questions relais, questions écho, etc.

Il en donne de nombreux exemples dans son ouvrage. Lesquels ? Il se fait tard, Nathanaël, pour que je t’en parle. Demain … peut-être …

Vois-tu maintenant pourquoi il est important que tu connaisses l’art de questionner ?

Non ? Toujours pas ?

Parce que tu en auras toujours besoin dans ta vie professionnelle comme dans ta vie personnelle.

Poser des questions adroites à tes proches t’évitera bien des déboires.

Dans ta vie professionnelle, aussi, tu en auras besoin. Avec tes clients, tes collègues, tes managers, ton patron.

Et même lorsque tu seras en recherche d’emploi, il te faudra savoir poser des questions. Par exemple, au moment de l’entretien de recrutement quand le recruteur te demandera : « Avez-vous des questions à poser ? »

Et également, dans le cadre de ta démarche réseau qui est le lieu par excellence du questionnement. Je consacre toujours une séquence au solfège du questionnement quand j’anime une formation sur le réseau.

Évidemment, je ne leur parle pas de toutes ces considérations sur l’art de question.

Si je t’en parle à toi, c’est que j’ai eu l’impression d’avoir affaire à une oreille attentive. Je ne me suis pas trompé ?

Non. Avec les participants, j’en reste au niveau le plus praticopratique : Quelles questions poser ? Comment les poser ? A quel moment les poser ? Comment faire une demande d’entretien réseau ?

J’ai même créé une méthode de demande d’entretien réseau : la méthode de La méthode de l’APEROT ( prononcer Apéro ). Je t’en ai déjà parlé ?

La problématologie

Quand même, il faut que je te dise : je n’aurais pas été complet sur la question du questionnement si je ne mentionnais pas qu’elle a son école philosophique : l’école de la problématologie fondée par Michel Meyer. Ce philosophe contemporain issu du courant de la nouvelle rhétorique a eu une idée que je trouve, pour ma part, géniale : à la base de tout énoncé, il y a une question dont l’énoncé est la réponse. Dès lors, il importe pour bien le comprendre d’en remonter la source en retrouvant cette question.

Or, tout autant que nous sommes, nous nous jetons sur les réponses avant même d’avoir fini l’examen des questions qui se posent.

Pour combattre ce travers, il propose, à l’instar du refoulement de la psychanalyse, de refouler la réponse tant que la question n’a pas été correctement posée.

Voilà, Nathanaël.

J’espère, avec ce post, avoir fait le tour de la question. Et n’avoir passé aucune de tes questions à la trappe.

En as-tu d’autres ? Non ?

Ça tombe bien. Il se fait tard. J’ai très envie de regagner mes pénates.

Questions rhétoriques

Ah si ! Un dernier mot. T’es-tu aperçu que je te questionnais régulièrement durant mon long monologue ? T’es-tu demandé why, comme tous les jeunes de ta génération ? Tu as sans doute remarqué que je n’attendais aucune réponse de ta part et que je continuais imperturbablement mon babil ?

Ces questions dont je n’attendais de ta part aucune réponse, en fait, ce sont de fausses questions. On les appelle, en argumentation, des questions rhétoriques.

Elles ne sont pas là pour faire joli. Elles sont destinées à donner de l’élan à mon exposé et à relancer ton attention. Ce sont des leurres pour ton cerveau. Car quiconque entend une question se met instantanément en état d’y répondre même s’il n’y a pas lieu.

Tu te le rappelleras ?

JC HERICHE, 9 Février 2017

(A suivre)

Il est où le bonheur

L’espèce humaine semble décidément mal armée pour le bonheur.

L’anthropologue belge Paul Jorion, qui prévoit son extinction d’ici 2 ou 3 générations dans son dernier livre « Le dernier qui part éteint la lumière », s’est essayé à donner une définition du bonheur qui m’a parlé et que je partage avec vous :

« Il y a des gens heureux. Ce sont les gens qui constatent avec délices les actes qu’ils ont accomplis. Il n’y a pas chez eux de dissonance, il n’y a pas de contradiction : ils sont satisfaits de leur comportement tel qu’il a eu lieu. Si vous êtes au contraire quelqu’un qui vous constatez à tout moment en décalage avec ce que vous faites, vous êtes malheureux ».

Avant lui, Spinoza s’était mis en quête de ce qu’il appelait le souverain bien. Foin des RICHESSES, des HONNEURS et des PLAISIRS.

Ces « faux » biens ne sont pas suffisants pour nous permettre d’atteindre le bonheur. Il ne s’agit pas d’y renoncer mais de ne pas en faire notre unique raison, sous peine de ressembler à « l’homme aux passions tristes » qu’il évoque dans L’Ethique.

Non, ce qui rend véritablement heureux, c’est la CONNAISSANCE car elle est la condition de notre LIBERTÉ alors que l’IGNORANCE nous réduit à la SERVITUDE.

Encore faut-il que cette connaissance soit partagée avec d’autres avec lesquels on parvient à s’accorder, sinon les ignorants se mettront en travers de notre route vers la connaissance et … le bonheur.

Et vous, votre définition du bonheur ? Quelle est-elle ?

JC HERICHE, le 11 janvier 2017

PS 1 : Tous mes vœux de bonheur à toutes et tous pour 2017 !

PS 2 : Spinoza n’est pas d’un abord facile pour le néophyte. Eric Delassus vient de publier chez Ellipses un ouvrage qui vous aidera grandement à aborder le Traité de réforme de l’entendement et L’Ethique.

1970 is dead (Les choses de la vie de Claude Sautet)

J’ai revu hier soir « Les choses de la vie » de Claude Sautet. La beauté de Léa Massari et de Romy Schneider, les tourments de cœur de Michel Picolli, Bobby Lapointe dans le rôle du camionneur fautif, l’histoire qui entremêle vie professionnelle intense et vie privée passionnée …

Je ne me lasse jamais de revoir les films de Claude Sautet. En plus d’être un immense cinéaste et un grand directeur d’acteur, il a une qualité rare : apporter un témoignage vivant sur son époque.

Le film « Les choses de la vie » est un document sociologique hors pair sur la fin des années 60 et le début des années 70 comme jamais la sociologie n’aurait été capable d’en produire.

L’histoire est celle d’un architecte, la quarantaine épanouie, joué par Michel Picolli, qui a un accident de voiture et qui, dans un état semi-comateux, revoit les principales images de sa vie.

Il revoit sa nouvelle compagne Hélène (Romy Schneider), écrivaine, dont il ne sait s’il l’aime encore.

Il revoit son épouse Catherine (Lea Massari), architecte comme lui, avec qui il a eu un fils devenu majeur qui construit et vend des circuits électriques.

Il revoit son meilleur pote, joué par Jean Bouise, qui lui voue une admiration sans borne.

Il revoit son père, vieillard impécunieux, mais toujours tiré à 4 épingles.

Il revoit sa maison de l’île de Ré et son voilier.

A l’orée de la décennie 70, les choses de la vie sont si différentes d’aujourd’hui que l’on a peine à croire que seulement 40 ans, nous en séparent.

En 1970, on fume du matin au soir. On a en permanence une clope au bec. On fume français. Des « Celtiques ». La SEITA est encore un monopole d’état. On ne connait pas les campagnes de lutte contre le tabagisme, le paquet à 7 euros ni les emballages neutres ou effrayants.

Les vieux n’ont pas d’argent en 1970. Le père de Picolli vient lui emprunter 120 francs. Ce sont les enfants qui prêtent aux parents. 40 ans plus tard, les choses de la vie se sont inversées : les retraités ont un niveau de vie supérieur aux actifs. Et, les parents subventionnent les enfants durant leurs études, voire à vie.

On pique de vraies et saines colères en 70. Michel Picolli se met en rage lorsqu’il apprend que le promoteur a décidé de construire des box de parking à la place des jardins qu’il a prévus. Aujourd’hui, les classes moyennes éduquées ne supportent plus le moindre haussement de décibels. Un syndicaliste comme Philippe Martinez l’a bien compris lui qui ne hausse jamais la voix dans les débats. En revanche, ce calme olympien manque à Jean-Luc Melenchon et beaucoup de lui reprocher son agressivité.

On a de vraies histoires de cœur en 1970. Les hommes sont virils (la chemise ouverte sur le torse velu de Picolli), les femmes assument une féminité pleine et entière qui n’est jamais vulgaire. L’époque actuelle est à l’indistinction des sexes. On dit indifféremment d’une femme ou d’un homme qu’elle est ou qu’il est sexy, mot qui gomme les différences de genre.

On meurt dans des accidents de voiture en 1970. Et on en meurt souvent. C’est la première cause de mortalité non-naturelle avec plus de 10 000 morts sur les routes par an. Ce chiffre va perdurer jusqu’à ce que le président Chirac décrète la sécurité routière « Grande cause nationale » qui a fait reculer la mortalité sur les routes à quelques 3 000 automobilistes par an.

Le chômage est inexistant en 1970. Trois ans plus tôt l’Anpe a bien été créée par un secrétaire d’état au travail, le déjà-nommé Jacques Chirac, mais c’est une agence de placement qui concerne tout au plus 500 000 personnes.

Tout ce monde va s’écrouler en 1973 avec le 1er choc pétrolier, accentué par le deuxième choc pétrolier de 1979.

Le tournant néo-libéral de l’année 1984 (comme le roman éponyme de Georges Orwell) impulsé par le gouvernement Mitterrand-Fabius va déréguler la finance et intégrer plus profondément la France dans la mondialisation et dans ce qui va devenir l’Union Européenne en instaurant la totale liberté de circulation des biens, des capitaux et des personnes sur le continent.

Les gouvernements de gauche comme de droite qui vont se succéder ensuite ne dérogeront pas à la doxa néo-libérale.

Le chômage de masse s’installe en France pour ne plus jamais disparaître.

Le triumvirat Bourgeoisie-Ouvriers-Paysans qui structure la France jusque dans les années 60 va laisser la place à quatre classes sociales :

– les « mondialisés » qui profitent de la mondialisation de l’économie

– les « administrés » qui travaillent dans la fonction publique ou dans des administrations privées (associations, etc.)

– les « précarisés » allant de CDD en missions d’intérim

– les « exclus » dont l’éloignement du marché du travail les cantonnent à vivre des allocations.

Le CDI est devenu le saint-Graal pour des millions de Français. La peur du déclassement s’est installée, inhibant toute réflexion et toute action.

Oui. Décidément. L’année 1970 est définitivement morte.

JC HERICHE, le 11 décembre 2016

(A suivre)

PS : « Les choses de la vie » ne serait pas « Les choses de la vie » s’il n’y avait la formidable chanson d’Hélène :