Solfège du questionnement

Dans ce post, j’interroge l’art de questionner en cherchant à faire le tour de la question.

Nathanaël, cela fait plusieurs fois que tu me réclames le post sur le Solfège du questionnement que j’évoquais à la fin de mon tout premier article sur le web en août de l’an 2016. Article que je consacrai à l’art de l’écoute et que j’intitulai, alors, assez discourtoisement : « Tais-toi ! »

Nathanaël, ton insistance a payé. Ce soir, je me suis enfin décidé à écrire le post en question.

Ecouter est un art. Questionner en est un autre, mais d’un degré plus élevé, tant il demande d’habileté et de connaissances.

Poser des questions ne s’improvise pas si l’on veut en obtenir des réponses intéressantes. Et comme, n’est pas grand écoutant qui veut, n’est pas grand questionneur qui le souhaite.

Une formation et une longue pratique du questionnement s’imposent.

Curiosité

En premier lieu, être curieux est un atout indispensable pour quiconque veut exceller dans la discipline.

Car en somme, la curiosité n’est ni plus ni moins qu’avoir des quantités de questions que l’on se pose et que l’on souhaite poser aux autres.

Comme ces enfants qui abreuvent leurs parents de « pourquoi ? » toute la sainte journée au grand dam de ces derniers.

Ou cette génération de trentenaires, autrement appelée génération Y, dont d’aucuns prétendent qu’elle est une invention marketing alors que tous les jours nous donnent la preuve de son existence effective, et dont l’appellation serait justement un écho au « Why? » infantile.

Je reviendrai sur la question Y dans une « lettre aux trentenaires » dont j’ai démarré la rédaction et que je posterai un jour ou l’autre.

Quand ? C’est là toute la question.

Car, aujourd’hui, la question en jeu n’est pas là. Ce n’est pas de la question jeune dont il va être question. La question qui fait question est … le questionnement.

Premier impératif : « Se poser et avoir des questions à poser », ai-je dit plus haut.

Te poses-tu des questions, Nathanaël ?

Et en as-tu à poser à ton prochain ?

Pourrais-tu chanter comme Bashung :  ♩♩ J’ai dans les bottes des montagnes de questions ♩♩  ?

La curiosité est nécessaire pour qui veut s’exercer au redoutable art de la question.

Mais, elle n’est en aucun cas suffisante. Il faut aussi savoir comment poser les questions, quelles questions poser et quand les poser.

Tout un programme, en somme !

Parler de solfège du questionnement n’a rien d’usurpé.

Il faut savoir jouer de toute la gamme des questions que nous offrent le français.

Comme nos vies sont riches en problèmes de tous genres à résoudre, notre langue est riche de questions de toutes sortes à poser.

Grands questionneurs 

Tout de même, il faut que tu saches que l’art du questionnement ne date pas d’hier.

Socrate est le premier à l’avoir manié avec la plus grande des dextérités.

Platon s’en fit le scribe à travers des dialogues restés dans l’histoire de la philosophie et de la littérature.

Le questionnement qu’il pratiquait et que l’on appelle de nos jours questionnement socratique visait à pousser ses interlocuteurs dans leurs retranchements. A leur faire prendre conscience de leurs contradictions et à les amener à mettre en doute leurs certitudes les mieux établies.

Une telle remise en question déplut dans les hautes sphères. Les édiles de l’époque condamnèrent Socrate à boire la ciguë pour corruption de la jeunesse … Tiens, tiens, les athéniens avaient eux aussi leur génération Y !

On ne trouve pas grand chose sur l’art du questionnement au Moyenâge.

Pourtant, une institution avait sa manière bien à elle de le pratiquer. Je veux parler de l’inquisition qui passait les suspects … à la question avec des moyens tellement efficaces que les suspects passaient tous aux aveux, même et surtout, les innocents.

Moins violent que l’inquisition, mais à rebours complet du questionnement philosophique, le piètre exemple donné en la matière par un certain journalisme.

Étrangement, les journalistes dont c’est pourtant le métier, ne sont pas toujours de bons questionneurs. Les plus mauvaises questions sortent, ainsi, de la bouche des journalistes politiques de télé et de radio.

Avides de piéger ou de mettre face à leurs contradictions, les hommes politiques dont ils n’apprécient pas les idées, ils les bombardent de questions sans leur laisser le temps d’exprimer leur pensée. Quand ils ne donnent pas tout bonnement leur avis, leur opinion, à travers des questions d’une neutralité plus que douteuse.

La palme revient sans aucun doute à ce journaliste célèbre, qui de Georges Marchais à Bruno Le Maire fut tant de fois remis en question mais qui jamais ne varia son mode de questionnement orienté, parfois moqueur, et ce depuis qu’il officie dans les médias français. C’est à dire si mes sources sont bonnes, l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la deuxième République, le 20 décembre 1848.

Bienveillance

Le journalisme français de télé-radio a pourtant connu deux grands interviewers : Jacques Chancel et Bernard Pivot.

Chancel avait les questions les plus simples mais les plus fondamentales.

Quand il interrogea Georges Marchais en 1978 dans Radioscopie (le générique de l’émission me replonge immédiatement dans des parfums d’enfance, pas toi ? Ah, non, tu n’étais pas né !) avec sa question devenue culte « Et-Dieu-dans-tout-ça ? », il réussit la plus belle des questions, la plus ouverte, la plus intense, la plus centrale.

« Et Dieu dans tout ça ? » suivi d’un silence, c’était l’autorisation donnée à son invité de parler réellement, véritablement, authentiquement, peut-être pour la première fois de sa vie, sur une onde nationale.

Quant à Pivot, quel est l’auteur à avoir quitté le plateau d’Apostrophe ou de Bouillon de cultures sans avoir eu le sentiment d’avoir été interrogé sur ses réelles intentions et avoir eu le temps et l’espace de les exprimer ?

D’où l’on déduit que l’art du questionnement réclame également une grande bienveillance à l’égard de son interlocuteur.

Parfois, une bonne question peut valoir mille arguments.

Comme ces ténors du barreau qui d’une seule question adroitement posée peuvent confondre un coupable ou, au contraire, démolir le savant échafaudage monté par l’accusation.

Le tueur en série, Guy Georges, fut ainsi piégé par l’une des avocates des familles de victimes, Me Solange Doumic, quand elle lui demanda : « Vous êtes gaucher ou droitier ou les deux ? »

Guy Georges répondit « droitier » en levant le poing droit, comme un geste menaçant.

L’avocate enchaîna : « Vous voulez dire que quand vous tenez un couteau, vous le tenez de la main droite ».

Guy Georges en resta interdit, le poing levé, laissant à chacun le soin d’imaginer ses meurtres.

Une semaine plus tard, il avouait.

Les juifs, aussi, étaient passés maîtres dans l’art de la question.

Ne dit-on pas que lorsque l’on pose une question à un rabbin, celui répond toujours par une autre question ?

Je ne résiste pas à te raconter la plus jolie des blagues juives que je connaisse :

« – Pourquoi vous les juifs quand on vous pose une question, vous répondez par une autre question ?

– Et pourquoi pas ? »

Humilité

L’art de la question implique chez celui qui le pratique certes de la curiosité et de la bienveillance mais aussi de l’humilité.

Adopter une position basse est essentiel.

Avoir des questions à poser à l’autre est pour moi la définition même d’une position basse. Parce qu’on ne sait pas tout dans la vie. Les autres ont souvent la réponse ou ont une réponse différente de nous. Dès lors, pourquoi ne pas les questionner pour la connaître ?

Je précise que humilité ne veut pas dire s’humilier. Tout comme une position basse ne veut pas dire s’abaisser.

Quant à l’arrogance, elle est à proscrire, Nathanaël, si tu souhaites devenir un grand questionneur devant l’éternel. D’ailleurs, connais-tu l’étymologie du mot « arrogant » ?

A-rogare, avec le « a » privatif et « rogare » qui veut dire questionner. L’arrogant, c’est donc celui qui ne se pose pas de question. C’est pourquoi, on dit qu’il a réponse à tout.

Questionnement du pnliste et du coach

Un jour, figure-toi, à force de me questionner sur mon avenir professionnel, ma route a croisé celle de la programmation neurolinguistique (PNL).

La PNL a une image mitigée en France.

Pourtant, ses créateurs (Grinder, Brandler et Dilts) ont élaboré des stratégies de questionnement parmi les plus efficaces pour accompagner et venir en aide à qui cherche à réaliser ses rêves personnels et professionnels.

Leurs quatre grands modèles de questionnement m’aident dans ma pratique de conseil tous les jours :

  • La clarification de l’objectif,
  • Le Métamodèle,
  • Les Niveaux Logiques,
  • Le SCORE.

Mon passage en 2015 par l’Institut Repère m’a permis d’acquérir et m’approprier ces stratégies de questionnement qui me semblent indispensables pour qui veut aider et prendre soin de son prochain et de lui-même.

L’apprentissage du questionnement PNL est d’ailleurs un préalable parfait à la certification de coach qu’il me manque encore.

Le bon coach est un artiste du questionnement. Tu en connais la définition : par ses questions, il amène son client à trouver les réponses aux questions que ce dernier se pose et, de fil en aiguille, à résoudre ses problèmes.

Le questionnement du coach emprunte à différentes disciplines mais principalement à la PNL et au questionnement socratique.

A la différence de Socrate, son questionnement ne vise pas à pousser l’interlocuteur dans ses retranchements mais à l’aider à trouver des solutions. C’est un questionnement qui vise à prendre soin. Un questionnement à visée thérapeutique, si l’on accepte ce terme dans un sens large, celui du care, du soin apporté à l’autre.

Les recruteurs 

Evidemment, ce panel de questionneurs ne serait pas complet, si je n’en citais une espèce que l’on a tous, au moins une fois dans notre vie, rencontrée : je veux parler du recruteur.

Un jeune homme qui officie sur le réseau social Linkedin (Tu connais ?) a intitulé, un jour, l’un de ses posts : « La plupart des recruteurs sont mauvais« .

Etant lui-même recruteur, il sait, sans nulle doute, de quoi il parle.

Je ne me permettrais pas, pour ma part, une telle algarade. Je me contente d’écouter ce qu’en disent les clients que je prépare à l’entretien de recrutement et de les aider, de mon mieux, à répondre aux questions qui leur sont adressées.

Tu me diras : « Très bien tout ça. Mais moi qui ne suis ni consultant, ni conseiller, ni coach, ni journaliste, ni pénaliste, ni pnliste, ni philosophe, ni inquisiteur, ni chanteur, ni rabbin, ni recruteur, à quoi bon peuvent me servir tous tes développement sur l’art de la question ? »

Je réponds à ta question, Nathanaël, j’y réponds.

Ne sois pas si impatient.

Solfège du questionnement

J’ai eu la chance de vivre, il y a de cela dix années, une journée de formation animée par Lionel Bellanger, pédagogue très réputé et auteur d’un ouvrage fondamental sur la question du questionnement appelé sobrement : « Techniques de questionnement ».

C’est de lui d’ailleurs que je tiens la formule « Solfège du questionnement ». Ma formation et la lecture de son ouvrage m’ont fait faire mes premières armes en matière de questionnement.

La PNL vint après, pour ce qui me concerne.

Que veut-il signifier avec cette métaphore ?

Tout simplement, que pour bien questionner, il faut avoir une large palette de questions à sa disposition : questions ouvertes, questions fermées, questions fermées alternatives, questions relais, questions écho, etc.

Il en donne de nombreux exemples dans son ouvrage. Lesquels ? Il se fait tard, Nathanaël, pour que je t’en parle. Demain … peut-être …

Vois-tu maintenant pourquoi il est important que tu connaisses l’art de questionner ?

Non ? Toujours pas ?

Parce que tu en auras toujours besoin dans ta vie professionnelle comme dans ta vie personnelle.

Poser des questions adroites à tes proches t’évitera bien des déboires.

Dans ta vie professionnelle, aussi, tu en auras besoin. Avec tes clients, tes collègues, tes managers, ton patron.

Et même lorsque tu seras en recherche d’emploi, il te faudra savoir poser des questions. Par exemple, au moment de l’entretien de recrutement quand le recruteur te demandera : « Avez-vous des questions à poser ? »

Et également, dans le cadre de ta démarche réseau qui est le lieu par excellence du questionnement. Je consacre toujours une séquence au solfège du questionnement quand j’anime une formation sur le réseau.

Évidemment, je ne leur parle pas de toutes ces considérations sur l’art de question.

Si je t’en parle à toi, c’est que j’ai eu l’impression d’avoir affaire à une oreille attentive. Je ne me suis pas trompé ?

Non. Avec les participants, j’en reste au niveau le plus praticopratique : Quelles questions poser ? Comment les poser ? A quel moment les poser ? Comment faire une demande d’entretien réseau ?

J’ai même créé une méthode de demande d’entretien réseau : la méthode de La méthode de l’APEROT ( prononcer Apéro ). Je t’en ai déjà parlé ?

La problématologie

Quand même, il faut que je te dise : je n’aurais pas été complet sur la question du questionnement si je ne mentionnais pas qu’elle a son école philosophique : l’école de la problématologie fondée par Michel Meyer. Ce philosophe contemporain issu du courant de la nouvelle rhétorique a eu une idée que je trouve, pour ma part, géniale : à la base de tout énoncé, il y a une question dont l’énoncé est la réponse. Dès lors, il importe pour bien le comprendre d’en remonter la source en retrouvant cette question.

Or, tout autant que nous sommes, nous nous jetons sur les réponses avant même d’avoir fini l’examen des questions qui se posent.

Pour combattre ce travers, il propose, à l’instar du refoulement de la psychanalyse, de refouler la réponse tant que la question n’a pas été correctement posée.

Voilà, Nathanaël.

J’espère, avec ce post, avoir fait le tour de la question. Et n’avoir passé aucune de tes questions à la trappe.

En as-tu d’autres ? Non ?

Ça tombe bien. Il se fait tard. J’ai très envie de regagner mes pénates.

Questions rhétoriques

Ah si ! Un dernier mot. T’es-tu aperçu que je te questionnais régulièrement durant mon long monologue ? T’es-tu demandé why, comme tous les jeunes de ta génération ? Tu as sans doute remarqué que je n’attendais aucune réponse de ta part et que je continuais imperturbablement mon babil ?

Ces questions dont je n’attendais de ta part aucune réponse, en fait, ce sont de fausses questions. On les appelle, en argumentation, des questions rhétoriques.

Elles ne sont pas là pour faire joli. Elles sont destinées à donner de l’élan à mon exposé et à relancer ton attention. Ce sont des leurres pour ton cerveau. Car quiconque entend une question se met instantanément en état d’y répondre même s’il n’y a pas lieu.

Tu te le rappelleras ?

JC HERICHE, 9 Février 2017

(A suivre)

Il est où le bonheur

L’espèce humaine semble décidément mal armée pour le bonheur.

L’anthropologue belge Paul Jorion, qui prévoit son extinction d’ici 2 ou 3 générations dans son dernier livre « Le dernier qui part éteint la lumière », s’est essayé à donner une définition du bonheur qui m’a parlé et que je partage avec vous :

« Il y a des gens heureux. Ce sont les gens qui constatent avec délices les actes qu’ils ont accomplis. Il n’y a pas chez eux de dissonance, il n’y a pas de contradiction : ils sont satisfaits de leur comportement tel qu’il a eu lieu. Si vous êtes au contraire quelqu’un qui vous constatez à tout moment en décalage avec ce que vous faites, vous êtes malheureux ».

Avant lui, Spinoza s’était mis en quête de ce qu’il appelait le souverain bien. Foin des RICHESSES, des HONNEURS et des PLAISIRS.

Ces « faux » biens ne sont pas suffisants pour nous permettre d’atteindre le bonheur. Il ne s’agit pas d’y renoncer mais de ne pas en faire notre unique raison, sous peine de ressembler à « l’homme aux passions tristes » qu’il évoque dans L’Ethique.

Non, ce qui rend véritablement heureux, c’est la CONNAISSANCE car elle est la condition de notre LIBERTÉ alors que l’IGNORANCE nous réduit à la SERVITUDE.

Encore faut-il que cette connaissance soit partagée avec d’autres avec lesquels on parvient à s’accorder, sinon les ignorants se mettront en travers de notre route vers la connaissance et … le bonheur.

Et vous, votre définition du bonheur ? Quelle est-elle ?

JC HERICHE, le 11 janvier 2017

PS 1 : Tous mes vœux de bonheur à toutes et tous pour 2017 !

PS 2 : Spinoza n’est pas d’un abord facile pour le néophyte. Eric Delassus vient de publier chez Ellipses un ouvrage qui vous aidera grandement à aborder le Traité de réforme de l’entendement et L’Ethique.

Le « double help » : l’autre bienfait de la démarche réseau

Avez-vous entendu parler du « principe de la double aide » ou, en anglais, du « double help » ? 

Non ? C’est normal. Je viens d’en inventer la dénomination. En revanche, le principe que sous-tend cette formulation, vous le connaissez tous parce que vous l’avez tous expérimenté au moins une fois. 

Dans le post Devenir un grand réseauteur ? C’est donneR à tout le monde !, j’insistais sur l’impératif catégorique que représente la générosité au démarrage de toute démarche réseau. Car, donner aux autres a pour conséquence que l’on vous donne. C’est le principe du don / contre-don.

Je voudrais ici ajouter un autre bienfait du don, celui du double help (ou double aide) que je résumerai ainsi : « Je t’aide, et en même temps, je m’aide. »

Prenons un exemple pour illustrer ce principe :

Un avocat salarié a été licencié par le grand cabinet anglo-saxon dans lequel il officiait. Il s’en remet difficilement. Six mois après, il rumine encore le choc. Ce qui l’empêche de se mettre sérieusement à sa recherche d’emploi. Il éprouve des sentiments mêlés de colère (« C’est une injustice ce que j’ai subi »), de peur (« Et si ça m’arrivait de nouveau ») et de tristesse (« Cet échec est la preuve que je suis nul »). Ces sentiments sont légitimes. Ils nous habitent tous à un moment ou à un autre. Moi-même, parfois …

Un jour, le partenaire de tennis de notre avocat malheureux, un PDG de start-up, lui parle d’un conflit qu’il a avec l’un de ses clients. Ni une, ni deux, l’avocat se met à lui donner des conseils juridiques avisés. Il l’aide à rédiger sa lettre de plainte. Il l’aide à constituer son dossier de preuves. Il lui donne des astuces juridiques. Etc.

Le PDG trouve, là ,une aide précieuse. Mais l’avocat également. Puisque l’aide qu’il apporte lui permet de retrouver ses marques, de se sentir utile, de retrouver goût à son métier.

En aidant, il s’est aidé lui même.

La preuve ? Il vient de refaire son CV (en 1 page comme je le recommande dans ce post aux 10 000 vues : C »o »uriculum Vitae et il s’apprête à l’envoyer, de nouveau, à des recruteurs.

Ce principe de la double aide est un effet extrêmement puissant et bienfaisant du réseau qui vient renforcer le mécanisme du don / contre-don.

C’est pourquoi, je l’affirme bien haut : la générosité et son corollaire du double help sont l’essence même du réseau ! 

Je précise qu’il n’est pas besoin d’avoir un partenaire de tennis ni qu’il soit PDG (sinon cela restreindrait un peu, vous ne trouvez pas ?) pour que le principe du double helpfonctionne. Il rentre en jeu dès lors que vous exercez vos talents et compétences sans en attendre une rémunération autre que la satisfaction d’avoir aidé un ami, une relation, un voisin, etc.

C’est pourquoi, nous autres consultants en évolution professionnelle, nous vous conseillons pendant votre période de recherche d’emploi, d’exercer une activité bénévole qui vous permet d’exercer vos savoir-faire.

C’est parce que le bénévolat met à l’oeuvre ce principe de la double aide.

En offrant gratuitement votre aide, non seulement vous êtes utile aux autres, mais de plus, vous êtes utile à vous-même. Vous maintenez vos compétences, voire en développez de nouvelles. Et vous vous constituez un réseau relationnel de gens fidèles.

Que demandez de plus à la vie ?

Prenons soin les uns des autres. Vous verrez comme cela rend heureux !

« L’enfer, c’est les autres » écrivait Jean-Paul Sartre. C’est vrai dans bien des cas. Mais l’inverse existe aussi : « Les autres, ça peut être le paradis » !

JC HERICHE, le 17 décembre 2016

(A suivre)

1970 is dead (Les choses de la vie de Claude Sautet)

J’ai revu hier soir « Les choses de la vie » de Claude Sautet. La beauté de Léa Massari et de Romy Schneider, les tourments de cœur de Michel Picolli, Bobby Lapointe dans le rôle du camionneur fautif, l’histoire qui entremêle vie professionnelle intense et vie privée passionnée …

Je ne me lasse jamais de revoir les films de Claude Sautet. En plus d’être un immense cinéaste et un grand directeur d’acteur, il a une qualité rare : apporter un témoignage vivant sur son époque.

Le film « Les choses de la vie » est un document sociologique hors pair sur la fin des années 60 et le début des années 70 comme jamais la sociologie n’aurait été capable d’en produire.

L’histoire est celle d’un architecte, la quarantaine épanouie, joué par Michel Picolli, qui a un accident de voiture et qui, dans un état semi-comateux, revoit les principales images de sa vie.

Il revoit sa nouvelle compagne Hélène (Romy Schneider), écrivaine, dont il ne sait s’il l’aime encore.

Il revoit son épouse Catherine (Lea Massari), architecte comme lui, avec qui il a eu un fils devenu majeur qui construit et vend des circuits électriques.

Il revoit son meilleur pote, joué par Jean Bouise, qui lui voue une admiration sans borne.

Il revoit son père, vieillard impécunieux, mais toujours tiré à 4 épingles.

Il revoit sa maison de l’île de Ré et son voilier.

A l’orée de la décennie 70, les choses de la vie sont si différentes d’aujourd’hui que l’on a peine à croire que seulement 40 ans, nous en séparent.

En 1970, on fume du matin au soir. On a en permanence une clope au bec. On fume français. Des « Celtiques ». La SEITA est encore un monopole d’état. On ne connait pas les campagnes de lutte contre le tabagisme, le paquet à 7 euros ni les emballages neutres ou effrayants.

Les vieux n’ont pas d’argent en 1970. Le père de Picolli vient lui emprunter 120 francs. Ce sont les enfants qui prêtent aux parents. 40 ans plus tard, les choses de la vie se sont inversées : les retraités ont un niveau de vie supérieur aux actifs. Et, les parents subventionnent les enfants durant leurs études, voire à vie.

On pique de vraies et saines colères en 70. Michel Picolli se met en rage lorsqu’il apprend que le promoteur a décidé de construire des box de parking à la place des jardins qu’il a prévus. Aujourd’hui, les classes moyennes éduquées ne supportent plus le moindre haussement de décibels. Un syndicaliste comme Philippe Martinez l’a bien compris lui qui ne hausse jamais la voix dans les débats. En revanche, ce calme olympien manque à Jean-Luc Melenchon et beaucoup de lui reprocher son agressivité.

On a de vraies histoires de cœur en 1970. Les hommes sont virils (la chemise ouverte sur le torse velu de Picolli), les femmes assument une féminité pleine et entière qui n’est jamais vulgaire. L’époque actuelle est à l’indistinction des sexes. On dit indifféremment d’une femme ou d’un homme qu’elle est ou qu’il est sexy, mot qui gomme les différences de genre.

On meurt dans des accidents de voiture en 1970. Et on en meurt souvent. C’est la première cause de mortalité non-naturelle avec plus de 10 000 morts sur les routes par an. Ce chiffre va perdurer jusqu’à ce que le président Chirac décrète la sécurité routière « Grande cause nationale » qui a fait reculer la mortalité sur les routes à quelques 3 000 automobilistes par an.

Le chômage est inexistant en 1970. Trois ans plus tôt l’Anpe a bien été créée par un secrétaire d’état au travail, le déjà-nommé Jacques Chirac, mais c’est une agence de placement qui concerne tout au plus 500 000 personnes.

Tout ce monde va s’écrouler en 1973 avec le 1er choc pétrolier, accentué par le deuxième choc pétrolier de 1979.

Le tournant néo-libéral de l’année 1984 (comme le roman éponyme de Georges Orwell) impulsé par le gouvernement Mitterrand-Fabius va déréguler la finance et intégrer plus profondément la France dans la mondialisation et dans ce qui va devenir l’Union Européenne en instaurant la totale liberté de circulation des biens, des capitaux et des personnes sur le continent.

Les gouvernements de gauche comme de droite qui vont se succéder ensuite ne dérogeront pas à la doxa néo-libérale.

Le chômage de masse s’installe en France pour ne plus jamais disparaître.

Le triumvirat Bourgeoisie-Ouvriers-Paysans qui structure la France jusque dans les années 60 va laisser la place à quatre classes sociales :

– les « mondialisés » qui profitent de la mondialisation de l’économie

– les « administrés » qui travaillent dans la fonction publique ou dans des administrations privées (associations, etc.)

– les « précarisés » allant de CDD en missions d’intérim

– les « exclus » dont l’éloignement du marché du travail les cantonnent à vivre des allocations.

Le CDI est devenu le saint-Graal pour des millions de Français. La peur du déclassement s’est installée, inhibant toute réflexion et toute action.

Oui. Décidément. L’année 1970 est définitivement morte.

JC HERICHE, le 11 décembre 2016

(A suivre)

PS : « Les choses de la vie » ne serait pas « Les choses de la vie » s’il n’y avait la formidable chanson d’Hélène :

Devenir un grand réseauteur ? C’est donneR à tout le monde !

Le réseau est l’un des nombreux mots valises qui peuplent la recherche d’emploi. Tout le monde en parle, peu de gens comprenne réellement en quoi il consiste.

Il est d’ailleurs si mal connu et si incompris qu’il suscite chez beaucoup d’entre vous les plus grandes appréhensions.

Il est néanmoins incontournable :

  • si vous êtes sur un marché de l’emploi avec peu d’offres d’emploi, soit parce qu’il s’agit d’un micro-marché, soit parce qu’il s’agit d’un marché caché qui fonctionne par le bouche à oreilles.
  •  si vous recevez peu ou pas de réponse à vos candidatures parce que « trop jeune », « trop senior », « trop mère de famille », trop ceci ou trop cela.
  • si vous souhaitez entrer dans « THE » entreprise.  Celle qui vous fait rêver depuis toujours.
  • et bien entendu, si vous travaillez à votre compte et que vous recherchez des missions en free-lance.

Un chiffre pour vous convaincre de la nécessité d’intégrer une démarche réseau à votre recherche d’emploi : 30% des recrutements de cadres ont été effectués en 2015 via le réseau.

Ce chiffre vous le connaissez, peu ou prou.

Et vous avez pleinement conscience de la nécessité d’adopter une démarche réseau pour arriver à vos fins : vous faire embaucher.

La peur du réseau 

Mais la plupart d’entre vous, ne passez pas à l’acte !

Pourquoi ?

Parce qu’un spectre hante le réseau ! Une maladie terrible !

Je l’ai appelée : la peur du réseau !

Voici un échantillon de ce que j’entends au quotidien :

« J’ai peur de demander”,

“Je n’aime pas demander”, 

“J’ai peur d’être dans la manipulation”,

“ peur de faire la manche”,

« peur de me griller »,

« peur de ne pas savoir quoi dire”,

peur de perdre mon temps”

« peur de ne pas être à la hauteur »,

peur d’être malhonnête”, 

“peur de mal m’y prendre”, 

etc.

D’autres revendiquent bien haut leur « allergie » au réseau.

Tout juste, s’ils ne demandent pas un certificat médical pour être exemptés de démarche réseau !

Et même lorsque je vous enseigne le ba.ba du réseau, c’est à dire :

  •  A quoi il sert ? 
  • Qui en fait partie ?
  • Comment vous y prendre pour le construire, le développer, l’utiliser et l’entretenir ?

certains d’entre vous ne passez toujours pas à l’acte.

Savez-vous pourquoi ?

Le don / contre-don 

Parce que le réseau est et restera une chimère tant que vous n’aurez pas compris que son efficacité repose sur un IMPÉRATIF CATÉGORIQUE : le don / contre-don.

Qu’est-ce que le don / contre-don ?

C’est le fait qu’un don entraîne obligatoirement sa réciprocité.

Cette loi dite de la réciprocité existe depuis 10 000 ans que des groupes d’hommes se sont sédentarisés. En effet, ils ont dû faire face à la nécessité de s’entendre entre eux, de s’entraider, et ainsi créer du lien social et faire société.

On doit sa mise au jour à l’ethnologue français Marcel Mauss dans son ouvrage majeur « Essai sur le don », paru en 1924.

Dans son livre, l’ethnologue s’interroge longuement sur les raisons de la réciprocité dans le don.

Il en a tiré une triple obligation : l’obligation de donner – l’obligation de recevoir – l’obligation de rendre. 

Juste pour ceux que ce passage théorique fait bailler d’ennui, je voudrais vous dire, mais que ça reste entre nous, hein ? Le don / contre-don, c’est ni plus, ni moins ce que chante Enrico Macias :

 « Donnez, donnez, dodo-onnez,

Donnez, donnez moi,

Donnez, donnez, dodo-onnez,

Dieu vous le rendra… « 

« Dieu ou la nature », aurait pu ajouter Spinoza.

Concrètement, que représente cette « triple obligation » de Mauss dans la démarche réseau ?

  1. Elle oblige chaque réseauteur à donner aux autres. Donner quoi ? De l’information, des conseils, des contacts, du temps, du soutien, etc. Et sur un réseau social, des likes, des commentaires, des partages.
  2. Elle les oblige à accepter les dons d’information, de conseil, de contact, de temps, de soutien, de likes, de commentaires, de partages, etc. qu’on leur procure.
  3. Et enfin, elle les oblige à rendre ce qu’ils ont reçu, soit au donateur lui-même, soit à d’autres. Car, s’il y a réciprocité, elle n’est pas forcément exclusive. Ainsi, si Pierre donne à Paul. Celui-ci est tenu d’accepter mais il peut rendre à Pierre ou, tout aussi bien, à Jacques.

La dimension éthique du réseau 

Avec le don / contre-don, le réseau atteint une haute dimension éthique, puisqu’il met en jeu la plus belle des valeurs : la GÉNÉROSITÉ.

Malheureusement, cette dimension éthique du réseau échappe à beaucoup de candidats, et peut-être même à ceux qui les accompagnent.

C’est cette méconnaissance, à mon sens, qui explique in fine les réticences de ceux d’entre-vous qui avouez votre peur du réseau ou qui affichez votre allergie à la démarche réseau (qui sont en vérité les deux faces de la même pièce).

Alors que le réseau pourrait être un style de vie noble et vertueux dans lequel les individus trouveraient l’épanouissement qu’ils n’ont plus dans le travail, il est trop souvent réduit à ses fonctionnalités les plus immédiates et matérielles.

Alors que le réseau pourrait être un générateur de sens et d’utilité, il est appréhendé comme une corvée, à l’occasion efficace, mais toujours lassante et contraignante.

***

En définitive, il vous incombe de placer le don / contre-don au cœur de votre démarche réseau pour en découvrir le sens et y prendre du plaisir. 

En ayant en tête que le don / contre-don est un nom bien savant pour désigner cette chose toute simple et si belle qu’est la GÉNÉROSITÉ.

Marivaux, dans les jeux de l’amour et du hasard, fait dire à l’un de ses personnages : « Il faut être trop bon pour l’être assez« .

Le jour où vous aurez intériorisé cette phrase et que vous en aurez fait, au-delà de la citation, un mode de vie, je vous le dis mes amis des réseaux sociaux, vous serez devenus de grands réseauteurs.

De grands réseauteurs éthiques.

JC HERICHE, le 3 décembre 2016

(A suivre)

PS 1 : La GÉNÉROSITÉ est l’une des règles de la vie en réseau que je transmets aux apprentis réseauteurs. Elle n’est pas la seule. Il en est d’autres. Rassemblées, elles finissent par constituer l’éthique du réseau. Je n’ai pas la place de les évoquer ici. Je le ferai sans doute un jour dans un autre article ou dans un livre.

PS 2 : En attendant leurs parutions, je vous propose d’apprendre, dès à présent, à réussir vos demandes d’entretien réseau grâce à la méthode de l’APEROT.

PS 3 : Vos likes et commentaires me vont droit au cœur et m’encouragent à poursuivre. Et vos partages me donnent accès à toujours plus de lecteurs. Alors je vous dis : Merci a toutes et tous ! (qui est une autre règle de la vie en réseau : la GRATITUDE)

Demain, tous porteurs de projet ?

Dans ce post, je vous fais découvrir les 4 grandes structures juridiques vous permettant de devenir votre propre patron sans risque.

A écouter les médias et les conversations de rue, le salariat est fini.

This is the end” comme le chantaient les Doors !

Or, le salariat représente toujours 90% de la population active française. Certes, on précarise toujours plus l’emploi salarié à coup de CDD et de missions en intérim. Mais si les CDD représentent 80% des recrutements, le CDI constitue toujours 80% des emplois.

Alors quel crédit apporter à cette “légende urbaine” de la fin du salariat ?

Tout d’abord, on observe une nette montée du travail indépendant depuis le milieu des années 2000. Les derniers chiffres de l’Insee montrent ainsi une croissance du travail indépendant de + 26% entre 2006 et 2011. On peut imaginer que ces chiffres ont encore augmenté depuis sous le coup des phénomènes suivants :

  • Un changement dans les représentations des Français : Selon, un sondage de la société de portage ITG auprès de 500 cadres, ils sont 65% à penser que le CDI ne sera bientôt plus la norme et 87% estiment qu’ils expérimenteront plusieurs statuts au cours de leur carrière : entrepreneur, salarié, chômeur, etc. ;
  • L’essor des plateformes de mise en relation (En anglais : freelancing marketplaces), appelé ubérisation de l’économie, contribue fortement à l’augmentation du nombre des indépendants ;
  • Les difficultés d’insertions pour les publics “fragiles” (jeunes, seniors, femmes, peu qualifiés, etc.) qui voient dans le free-lance la possibilité d’obtenir enfin un travail ;
  • Le réel désir d’indépendance et d’autonomie au travail qui traverse toutes les classes d’âges et de manière encore plus prégnante les moins de 30 ans ;
  • L’intérêt des entreprises à recourir à la prestation de service plutôt qu’au contrat de travail pour ne pas alourdir leur masse salariale.

Tout le monde paraît, dès lors, s’y retrouver et les innovations technologiques semblent s’y prêter à merveille.

Il est à noter, cependant, que ces “nouveaux indépendants”, que l’on appelle aussi “porteurs de projet”, sont nombreux à s’installer à leur compte dans des métiers qui s’exercent en tant que salariés voire même qu’ils exerçaient, eux-mêmes, auparavant en tant que salariés.

Par ailleurs, les porteurs de projet ne sont pas tous des créateurs d’entreprise au sens classique du terme.

En effet, la France a multiplié les statuts et les structures ces dernières années qui permettent de se lancer dans une activité indépendante, de la tester, sans créer immédiatement son entreprise :

  • La micro-entreprise (ex- auto-entreprise) ;
  • Le portage salarial ;
  • Les CAE (coopératives d’activité et d’emploi) dit aussi portage coopératif ;
  • Les couveuses d’entreprises.

Parmi les gens que je rencontre, je constate une grande méconnaissance quant à l’existence de ces Nouvelles Formes d’Emploi, ainsi que leurs avantages et inconvénients respectifs.

La plupart d’entre-vous connait l’auto-entreprise, moins nombreux ont entendu parler du portage salarial et quasi aucun d’entre vous ne sait qu’existent les CAE et les couveuses d’entreprises et qu’ils peuvent y avoir recours pour se lancer dans une activité indépendante en en minimisant les risques.

Dans cette pluralité de statut, laquelle vous conviendra le mieux pour vous lancer en indépendant ?

Tout dépend de votre situation professionnelle et personnelle, de vos projets, de votre clientèle, de vos valeurs de vie, de votre besoin de protection sociale, etc.

Sachez cependant une chose essentielle : Vous pouvez cumuler les statuts. C’est légal et même conseillé !

En attendant que que l’un de nous « se colle » à l’écriture du 1er guide des Nouvelles Formes d’Emploi avec leurs avantages et leurs inconvénients, voici la stratégie que je vous recommande :

  • Consultez le site de l’AFE (ex – APCE), c’est une mine d’infos sur les nouvelles formes d’emploi et, bien entendu, la création d’entreprise classique.

Je vous recommande, en particulier, la rubrique sur le régime du micro-entrepreneur et de faire le Test : Micro-entrepreneur : un régime pour vous ?

  • Prenez rdv avec :

– 2 ou 3 sociétés de portage près de chez vous en les identifiant sur le site : www.peps-syndicat.fr

– 2 ou 3 CAE en les repérant sur le site : http://www.cooperer.coop

– 2 ou 3 couveuses d’entreprises à partir du site : www.uniondescouveuses.com/

pour leur demander ce qu’elles peuvent vous apporter et comment elles peuvent porter votre activité indépendante !

Et tenez-moi au courant de vos découvertes !

JC Hériche, le 19 novembre 2016

PS : Liker, c’est bien ! Commenter, c’est bien aussi ! Partager, c’est le mieux !

Les heures souterraines

Ce soir, la télévision rediffusait le film « Les heures souterraines » d’après le roman de Delphine Le Vigan.

C’est l’histoire d’une employée d’un département Marketing, harcelée moralement par son directeur.

Mathilde, l’héroïne, travaille au département marketing depuis 8 ans.

Les étapes de son harcèlement constituent un véritable chemin de croix.

Dans l’ordre, le directeur du Marketing :

– ne lui adresse plus la parole ;

– ne lui confie plus de travail ;

– déplace son bureau loin du sien ;

– ne prend plus ses appels téléphoniques ;

– la remplace par une nouvelle arrivante ;

– déplace de nouveau son bureau, cette fois-ci, au sous-sol à côté des latrines ;

– prétend qu’elle a une attitude agressive ;

– instruit un dossier contre elle avec un avertissement à la clef ;

– bloque sa demande de mutation.

Durant sa montée au Golgotha, Mathilde est défendue de façon mollassonne par une DRH pusillanime.

Une des scènes du film illustre bien la perversité du Directeur.

Mathilde l’appelle parce qu’on a coupé ses accès informatiques. Il lui explique que c’est suite à sa demande de mutation : la politique de confidentialité du département Marketing l’y contraint.  Elle s’insurge. Il balaie ses arguments d’un : 

« – Vous comme moi avons mieux à faire. »

Et quand elle lui répond : 

« – Justement, je n’ai rien à faire

«  Il lui rétorque :  « – Mathilde, vous êtes agressive. »

Puis il se met à hurler dans le combiné téléphonique pour que tout l’étage entende bien :  

« – Je ne vous permets pas de me parler sur ce ton, Mathilde, vous m’insultez. Je suis votre responsable hiérarchique…. »

Le tour est joué. Le pervers a inversé les rôles. C’est l’agressée qui passe pour l’agresseuse. C’est la victime qui passe pour le bourreau. C’est celle qui est violentée qui est accusée d’être violente.

La question lancinante pendant tout le film est : pourquoi le directeur du Marketing la harcèle-t-il ?

Une raison semble poindre au détour d’une conversation qu’a Mathilde avec le directeur du centre de recherche qui souhaite l’embaucher suite à sa demande de mutation.

Il lui demande : « Vous êtes la Mathilde Deborde qui a écrit cette série d’articles dans le journal du groupe l’an passé ? Ils étaient excellents. Depuis, je guette votre signature. »

Alors ?

Ce harcèlement moral que Mathilde subit depuis des mois de la part de son directeur… se pourrait-il qu’il soit du aux six posts si talentueux qu’elle avait écrits l’an passé dans le journal interne ? En aurait-il pris ombrage ?

JC Heriche, Paris, le 23 octobre 2016

(A suivre)

PS : Le tableau qui illustre cet article est un portrait poignant et en gros plan du Christ portant la croix, du peintre de la renaissance Lorenzo Lotto. Si vous voulez l’admirer, il est au Louvre. Vous ne pouvez pas le rater. Il est dans la même salle que la Joconde. Vous pourrez le contempler à loisir, les foules de touristes passent devant sans même y jeter un œil.