Éloge de la fuite

La Télévision a rediffusé, récemment, le film d’Alain Resnais « Mon oncle d’Amérique » datant de 1980. C’est un chef d’œuvre basé sur les théories du biologiste Henri Laborit. C’est l’occasion, pour moi, d’aborder un concept essentiel dans les interactions humaines : la fuite. 

Mon oncle d’Amérique est le seul cas de film, à ma connaissance, où s’entremêlent les théories d’un scientifique, le biologiste Henri Laborit, et une histoire et des personnages imaginés par un cinéaste.

Alain Resnais nous a habitués à ces synthèses improbables entre cinéma et variété dans « On connait la chanson », entre cinéma et bande dessinée  dans « I want to go home », entre cinéma et théâtre dans « Smoking / No smoking », etc.

Il fait encore plus fort avec « Mon oncle d’Amérique » : adapter les théories d’un grand biologiste français sans les dénaturer tout en gardant un impact narratif puissant. Preuve de l’entière caution du scientifique, il fait même de Laborit un personnage du film qui intervient tantôt en voix off, tantôt à l’écran pour développer ses théories et expliquer les comportements des personnages. 

Après avoir évoqué l’histoire, j’exposerai le modèle de biologie comportementale développé, dans le film, par Henri Laborit ; puis, comment ce modèle explique les comportements des personnages.

L’HISTOIRE 

Le film met en scène trois personnages aux destinées qui s’entrecroisent : 

– Un enfant de la grande bourgeoisie provinciale joué par Roger Pierre ;

– Un fils de paysan joué par Gérard Depardieu ;

– Une fille de militants communistes jouée par Nicole Garcia.

On est en 1980, le film parle d’une France issue de la seconde guerre mondiale qui a commencé à se disloquer dans les années 60. On a les trois principales classes sociales qui structurent, alors, notre société : la bourgeoisie, le prolétariat, la paysannerie.

Or, le film ne nous parle pas d’un affrontement de classes et n’épouse donc pas un point de vue marxiste. Il ne développe pas non plus les thèses freudiennes très en vogue à l’époque. 

Non. Le film fait porter notre regard sur les comportements individuels et leurs interactions, certes déterminés par le milieu social d’origine mais aussi et surtout par la biologie des passions humaines. 

Qu’en est-il de l’histoire ? 

Dès leurs 20 ans respectifs, les personnages rompent avec leur famille : 

Depardieu quitte la ferme familiale que son père voulait lui transmettre pour s’installer en ville et devenir ouvrier dans une usine. 

Son modèle est Jean Gabin. 

Nicole Garcia s’enfuit du domicile familial pour ne pas devenir secrétaire mais rejoindre sa troupe de théâtre qui part en tournée et accomplir ainsi sa vocation de comédienne.

Depuis l’enfance, elle s’identifie à Gérard Philippe. 

Roger Pierre quitte sa province natale, fuyant un destin tout tracé de notable rural, pour tenter Normale sup à Paris.

Il voue une passion à Danielle Darrieux dont il dit qu’elle est la seule femme à laquelle il sera toujours fidèle. 

On les retrouve quelques années plus tard.

Roger Pierre a réussi Normale sup puis l’agrégation d’histoire. Grâce aux retrouvailles avec un ancien condisciple devenu conseiller de ministre, il échappe à la condition professorale en devenant directeur de la radio publique.

Nicole Garcia est comédienne. Elle joue dans « Mlle Julie »,  une pièce à laquelle assiste Roger Pierre et sa femme. A l’issue de la pièce, Roger Pierre quitte femme et enfants pour se mettre en ménage avec Nicole Garcia. 

Gérard Depardieu sacrifiant sa vie de famille a grimpé dans la hiérarchie de son entreprise jusqu’à devenir directeur technique. Mais son entreprise fusionne avec une autre et il doit composer avec l’arrivée du directeur technique de l’autre entreprise.

La tragi-comédie de la vie peut alors se déployer sous l’œil de la caméra d’Alain Resnais et le « macroscope » du biologiste Laborit. 

Roger Pierre est viré de la radio suite à des intrigues politiques. Il est pris de violentes coliques néphrétiques que soigne Nicole Garcia. 

Jusqu’au jour, où la femme de Roger Pierre vient voir Nicole Garcia pour lui dire qu’elle a un cancer et qu’elle n’en a plus que pour quelques années. Apitoyée, Nicole Garcia trouve un prétexte pour que Roger Pierre retourne vivre chez sa femme. 

Gérard Depardieu mis en concurrence avec le directeur technique souffre d’un ulcère à l’estomac qui lui cause des crises qui inquiètent sa femme. 

Au bout de quelques mois, la direction générale lui déclare qu’elle ne peut garder deux directeurs techniques et qu’elle a choisi l’autre. Mais ne souhaitant pas le licencier, elle est prête à lui confier les clés de l’usine de Cholet à 600 km de chez lui.

La femme de Depardieu, enseignante, refuse de le suivre en lui assénant : « Mais enfin tu as été un exécutant pendant 20 ans et maintenant tu prendrais des responsabilités… ». 

Deux ans plus tard.

Nicole Garcia retrouve Roger Pierre et découvre que sa femme n’est pas morte mais en pleine forme. Celle-ci lui a menti pour récupérer son mari. 

Elle tente de le dire à Roger Pierre qui lui répond qu’il sait que sa femme s’est conduite de manière effroyable mais que c’est grâce à ça qu’il a pu écrire son livre à la suite de son éviction de son poste de directeur de la radio publique.

Gérard Depardieu est convoqué par la direction générale de Paris afin de lui signifier que sa direction de l’usine de Cholet est un fiasco mais qu’on lui propose un autre poste. Aux côtés du représentant de la direction générale, on découvre Nicole Garcia. Elle est donc devenue cadre dirigeante de la boite. 

Désavoué, Depardieu tente de se suicider. 

FIN DU FILM 

LE MODÈLE DE LABORIT

Laborit défend une thèse qu’il expose dans les toutes dernières images de « Mon oncle d’Amérique ».

Face caméra, le biologiste déclare : « Tant que ne sera pas diffusé auprès des hommes de la planète le fonctionnement du cerveau. Et tant qu’il ne sera pas dit que nos actes sont régis par la volonté de dominer l’autre, il y a peu de chance que ça change. » 

 Mais à quelle conception du cerveau se réfère-t-il ? 

 Trois cerveaux

Laborit reprend à son compte la théorie des 3 cerveaux du neurobiologiste Mac Lean : 

– le cerveau reptilien qui commande les comportements réflexes : manger, copuler, fuir devant un danger, etc.

– le cerveau mammifère où se situent la mémoire et les émotions. Sans mémoire de ce qui est agréable et ce de ce qui est désagréable, les émotions ne seraient pas possibles. Laborit va jusqu’à dire que : « l’être vivant est une mémoire qui agit »

– le cortex cérébral, lieu de la réflexion et du langage. 

Ce que dit Laborit, c’est que les deux premiers cerveaux ont un fonctionnement inconscient.

Ils sont le lieu de nos pulsions et de nos automatismes culturels

Seul le cortex cérébral a un fonctionnement conscient. Et le langage nous sert à justifier nos comportements réflexes et pulsionnels. 

Il compare l’inconscient à la mer profonde et le conscient à l’écume.  

Deux types de faisceaux nerveux : gratification et punition

 Au cours de la phase d’apprentissage de l’enfance, se développe le système nerveux de l’être humain qui sera constitué : 

– des faisceaux de la gratification quand on reçoit une récompense. Par exemple : la caresse d’une mère, des applaudissements pour un acteur, une promotion au travail, une médaille militaire, (NDR : des « likes » pour un post) etc. 

– et des faisceaux de la punition à la suite d’une erreur, d’une faute, d’un comportement non accepté socialement pour lesquels on nous réprimande. Par exemple, une retenue pour un écolier, une convocation à un entretien préalable de licenciement, toutes formes de sanction, etc.

Ces deux faisceaux relient les 3 cerveaux entre eux. 

C’est à travers ces faisceaux de la gratification et de la punition que vont se constituer nos émotions : plaisir, joie si activation des faisceaux de la gratification ; tristesse, peur, colère si activation des faisceaux de la punition. 

Quatre comportements humains principaux 

 Nos trois cerveaux et les deux faisceaux nerveux de la gratification et de la punition sont à l’origine de nos comportements.

Laborit réduit l’ensemble des comportements humains à  4 comportements principaux : 

– l’action (qu’il appelle la consommation) ;

– la fuite ;

– le combat ;

– l’inhibition de l’action.

LES COMPORTEMENTS DES PERSONNAGES A L’AUNE DU MODÈLE DE LABORIT

A la lumière de ce modèle, tous les comportements des personnages s’éclairent. 

Lors de leurs premières années, Roger Pierre, Nicole Garcia et Gérard Depardieu ont soif de vivre et d’actions. Empêchés dans leurs projets par leurs parents, ils prennent, chacun, la fuite du foyer familial.

On a les deux premiers types de comportement : l’action et la fuite quand l’action est entravée. 

De leurs actions, naissent des gratifications qui renforcent leur soif d’agir : 

– Nicole Garcia monte sur scène ;

– Depardieu, lui, monte les échelons hiérarchiques de son entreprise ; 

– Roger Pierre devient Directeur de la radio publique. 

Lorsqu’ils sont entravés dans leur action, ils pratiquent la fuite et ainsi retrouve des gratifications : 

– Nicole Garcia quitte le monde du théâtre car son metteur en scène ne veut plus la faire jouer ; 

– Roger Pierre prend la tangente du domicile conjugal après avoir rencontré Nicole Garcia et vient s’installer chez elle.

Mais bientôt, les ennuis pleuvent et la fuite ne suffit plus : 

– Depardieu perd son poste de directeur technique ; 

– Roger Pierre son poste de directeur de la radio ; 

– Nicole Garcia découvre qu’elle a été trompée par la femme de son amant, en cela qu’elle n’était pas mourante. 

Face à ces difficultés, les trois personnages auront des comportements différents. 

La fuite n’est pas permise pour Depardieu sous peine de se retrouver au chômage. L’agression non plus, sous peine de se retrouver en prison. 

L’inhibition de l’action est à son comble pour ce personnage. Apres quelques moments d’agressivité contre ses dirigeants, il finit par la retourner contre lui et tente de se suicider.

Pour Roger Pierre, la fuite est encore permise. Haut fonctionnaire, il retourne dans l’enseignement et écrit un pamphlet sur la politique de l’information en France sous tutelle politique.

Quant à Nicole Garcia, elle décide de récupérer son amant après avoir appris que la femme de ce dernier n’était pas mourante contrairement à ses dires. Elle part au combat qu’elle perd. Face au mur d’égoïsme de Roger Pierre, elle tente de le frapper et s’en suit un pugilat entre les deux anciens amants.

En définitive : 

Chacun des personnages, confronté à un empêchement de l’action, a recours soit à la fuite (Roger Pierre), soit au combat (Nicole Garcia), soit est inhibé dans son action (Depardieu). 

La seule attitude qui est efficace est la fuite. Ce n’est pas évoqué dans le film mais Henri Laborit a écrit un livre qui a eu beaucoup de succès dans les années 70 : « Éloge de la fuite ». On retrouve, donc, dans le film l’illustration de l’une des thèses la plus connue du biologiste : la fuite est le comportement le plus adéquat dans bien des situations.

EXPÉRIENCES SUR LES RATS

Pour illustrer ces comportements, Laborit nous montre un rat blanc dans une cage. Il est bien nourri et est en bonne santé.

On installe un système de décharge électrique dans une partie de la cage et une sonnerie qui prévient 15 secondes avant le rat de la décharge. Une porte ouverte le sépare de la partie de la cage non électrifiée. Après quelques bonnes décharges, le rat comprend que lorsqu’il entend la sonnerie, il doit passer dans la partie de la cage non électrifiée.

Que se passe-t-il si la porte est fermée ? Le rat est inhibé dans son action et doit subir la décharge électrique. 

Il ressent alors un stress intense. Son poil s’ébouriffe, son système nerveux s’abîme et son organismes aussi. 

Si l’on introduit un autre rat dans la cage électrifiée, le rat va se mettre à lutter contre l’autre rat. La rentabilité de ce comportement est égale à zéro puisque les deux rats continuent à subir les décharges électriques. 

Mais ils restent en bonne forme mentale et physique

CONCLUSION

Laborit a découvert que la recherche de la domination sur les autres est le comportement fondamental qu’adoptent les rats et également les êtres humains lorsqu’ils sont en situation de stress parce qu’il constitue une parade aux effets destructeurs de l’inhibition de l’action.

L’absence d’efficacité de ces rapports de domination le conduit à recommander la fuite, quand l’action est entravée. Loin d’être une lâcheté, elle représente la seule parade à l’inhibition de l’action et aux effets de domination entre individus.

Je vous propose un exemple de fuite dans la deuxième partie de ce post : Contrer une agression grâce à la dialectique

(A suivre) 

JC Heriche, Paris, le 16 octobre 2016

PS : En cette période de remise de prix Nobel, rappelons qu’Henri Laborit ne fut jamais nobélisé du fait d’intrigues dans les milieux de la recherche française qui ne lui pardonnèrent jamais sa prolifique créativité. 

Ce n’est pas un prix Nobel mais quatre que le chercheur aurait du recevoir : 

– le prix Nobel de médecine et

– le prix Nobel de chimie.

Car, Laborit fut l’inventeur des premiers psychotropes qui soulagent tant de personnes soumises au stress consécutif à l’inhibition de l’action.

– le prix Nobel de biologie et

– le prix Nobel de la paix.

Car le modèle de biologie comportementale qu’il a inventé est une avancée scientifique majeure et sa diffusion (trop restreinte à mon sens) pourrait contribuer à installer la concorde et la paix entre les hommes.

Les 10 commandements sur les réseaux sociaux

Dans ce post, je vous révèle les tables de la loi à respecter sur les réseaux sociaux.

Attention : post ironique. A prendre au 2nd degré !

1- Tu te lamenteras régulièrement que les entreprises ne recrutent jamais de profils atypiques, mais jamais, n’en recruteras toi-même

2- Tu vanteras les bienfaits de la désobéissance, mais « likeras », commenteras, partageras toutes les publications de ton boss et des gens bien en vu

3- Tu révéreras le management bienveillant mais éviteras de le pratiquer avec tes équipes

4- Tu recommanderas les vertus du partage mais jamais ne partageras, « likeras », commenteras un post d’un confrère ou d’un collègue

5- Tu posteras moult articles sur le bienêtre au travail alors que tu en es à ton troisième burn-out en 10 ans

6- Tu publieras des posts sur l’entreprise libérée sachant que dans ta boite ou ton administration, il y a 7 niveaux hiérarchiques au-dessus de toi

7- Tu utiliseras les mots « disruption » et « disruptif » dans chacune de tes phrases alors que la dernière fois que tu as innové c’est quand tu es passé par Concorde plutôt que par la Place de l’Etoile pour te rendre à ton travail

8- Tu soigneras ta e-réputation sur les réseaux sociaux tout en racontant à ton psy les terribles souffrances que tu endures au boulot

9- Tu créeras ton blog dans lequel tu critiqueras tes confrères sur le mode : « Ils sont tous mauvais » mais incendieras le premier qui osera émettre la plus anodine objection à l’un de tes posts

10- Tu posteras à tout-va tes articles mais jamais ne prendras le temps de lire ceux des autres

En conclusion, on a très rarement les comportements de ses valeurs. Bien plus souvent, les valeurs de ses comportements. 

NB 1 : Il y a un usage vertueux des réseaux sociaux et de Linkedin. L’excellent « posteur » Bruno Fridlansky vous le révèle dans cet article :  http://www.consonaute.fr/2016/02/29/exploitez-efficacement-linkedin-en-10-minutes-par-jour/

NB 2 : Linkedin est un outil formidable pour réseauter à condition d’y mettre les formes. C’est pourquoi je vous propose d’utiliser la méthode de l’APEROT pour entrer en relation avec vos contacts connus ou inconnus ! 

(A suivre)

 Jean-Christophe Hériche Paris, le 07 octobre 2016

Contrer une agression verbale, c’est simple comme la dialectique !

Et si vous étiez en souffrance au travail ou dans votre vie privée parce que, face à une attaque verbale, vous ne savez pas parer le coup ? 

Et s’il existait une méthode pour répondre efficacement du tac au tac aux agressions ? 

Ce serait trop beau, hein ? 

Pourtant cette méthode existe. Je vous la révèle dans ce post. 

La semaine dernière, j’ai bénéficié d’une formation pour formateurs délivrée par Yann Olivier du cabinet Y Pragma.

L’objectif de cette formation était de nous munir de parades face à l’agressivité de stagiaire(s) dans une situation de formation grâce aux ressources de la dialectique.

Yann Olivier est un fin dialecticien et sa formation m’a permis de mettre mes idées au clair sur ce sujet essentiel.

La méthode dialectique

Connaissez-vous la méthode dialectique ?

Les communistes (quand il y en avait encore) étaient passés maîtres dans l’usage de cette méthode, un art pour certains, qui consiste à retourner à son avantage une situation mal partie.

  Pour vous donner un exemple, quand on parlait à un membre du PCF dans les années 70,  des files d’attentes interminables devant les magasins de Moscou aux étalages désespérément vides, quelle était sa réaction ? L’une de ses parades consistait à rétorquer que nous aussi en France, on faisait la queue, par exemple pour aller au cinéma. Ça n’avait rien à voir. L’argument ne tenait absolument pas la route. Peu importe, ce qui comptait, c’était de « clouer la bouche » de l’adversaire. 

Les communistes tenaient cet art de la dialectique de Marx qui le tenait lui-même de son professeur de philosophie, un certain Georg Wilhem Friedrich Hegel.

Un autre élève d’Hegel, Schopenhauer était aussi passé maître dans l’art de la répartie dialectique. Il en a même fait un livre, bien connu aujourd’hui, traduit en français sous le titre : « L’art d’avoir toujours raison » dans lequel sont recensés 42 stratagèmes visant à clouer au sol n’importe quel adversaire.

Je tiens à souligner que la dialectique est quelque chose de très peu recommandable pour qui a soif de vérité et de débats à la loyale.

Cependant, dans certaines situations, la dialectique peut se révéler fort utile.

Par exemple, au sein d’un groupe, lorsque certains membres cherchent à prendre le pouvoir aux détriments des autres.

Dans un collectif de travail, lorsque certains sont prompts à envier le moindre avantage supposé, fantasmé de l’un de leur collègue.

Dans le cadre d’un débat, quand l’attaque sert à terrasser l’autre débatteur.

Également, dans toutes sortes de situation, face à des gens manipulateurs, agressifs ou de mauvaise foi.

Il en va ainsi, parfois, dans le cadre d’une formation ou dans une classe, lorsque le groupe ou certains éléments du groupe peuvent être tenté de chercher des « noises » à l’animateur de la formation ou au professeur, afin de le ridiculiser, le délégitimer, en somme, pour prendre le pouvoir qui lui est naturellement dévolu.

Face à une attaque de ce genre, nous avons 4 attitudes à notre disposition :

– La tétanisation ou soumission ;

– La fuite honteuse ou débandade (il existe une fuite positive, j’en parle dans la deuxième partie de ce post) ;

– Le combat ou agressivité ;

– La réponse rationnelle.

Toutes les 4 sont attendues. Elles sont donc à bannir car facilement parables par l’agresseur.

La parade efficace est d’adopter un comportement inattendu qui constitue une surprise pour l’attaquant.

Quatre types d’attitudesurprise peuvent être utilisés :

l’effet-miroir (ou méta-communication)

l’humour 

la surenchère 

le pathos 

Prenons un exemple tiré de la politique, pour bien comprendre ce que peut apporter un effet-miroir.

A ses débuts en tant que ministre du travail, Myriam El Khomri s’est faite piégée sur l’antenne de RMC par Jean-Jacques Bourdin, coutumier du fait, quand elle s’est révélée incapable de donner le nombre de renouvellement possible de CDD.

Elle s’est emmêlée les pinceaux en tentant une réponse fausse puis en avouant piteusement son ignorance.

Avec les outils de la dialectique, Myriam El Khomri aurait pu avoir une parade du type :

 » Bourdin, vous me refaites le coup que vous avez fait à Ségolène Royal et à tant d’autres. Votre numéro de maître d’école ça suffit maintenant. Je ne vous répondrai pas. »

C’est ce qu’avait réussi magistralement Mitterrand face à Giscard lors du débat TV du second tour de l’élection présidentielle de 1981 avec cette phrase restée dans les annales : « Je ne suis pas votre élève et vous n’êtes pas mon professeur »

Autre exemple de parade dialectique en politique, cette fois-ci à ranger dans la catégorie humour :

La réponse qu’a faite Alain Juppé à François Fillon lors du débat des primaires.

Ce dernier avait attaqué Juppé sur son âge en qualifiant de tisanes les réformes de celui-ci et Juppé avait mis en garde Fillon contre l’excès de Vodka, alcool fétiche des russes en disant : mieux vaut une tisane qu’une vodka !

(merci à la Linkedinaute Nathalie Baudic qui m’a suggéré cet exemple tout frais).

Enfin, un exemple tiré de la vie de bureau, pour comprendre ce que peut apporter la surenchère.

Un de vos collègues voulant vous mettre en difficulté à votre retour de vacances vous dit : « Ça fait deux mois que je t’ai pas vu. Tu bénéficies de jours de vacances supplémentaires… » Comme c’est dit sur un ton peu amène, « l’embrouille » et la volonté de nuire sont évidentes. 

Que peut faire un dialecticien ? 

Tout simplement, rétorquer avec le maximum d’aplomb et à voix bien haute : « Oui. J’ai négocié ça avec le responsable du centre. Mais chut, hein ! Tu ne le répètes pas » 

D’un coup, l’agresseur sombre dans le ridicule de ses mauvaises intentions mises à nu.

Éloge de la fuite 

Après la formation à la dialectique de Yann Olivier, il se trouve que j’ai assisté à une conférence de Christophe André, le psychiatre et grand gourou de l’estime de soi.

Christophe André est une véritable rock star de la psychologie. La conférence, qui s’est tenue au Grand Rex, a rassemblé plusieurs milliers de gens ayant payé entre 16 et 32 euros pour venir l’écouter parler de l’estime de soi pendant 2 heures.

A la fin de sa conférence, il a évoqué une anecdote qui immédiatement m’a replongé dans la formation à laquelle j’avais participé dans la journée.

Je vous la raconte.

Alors jeune psychiatre, Christophe André présente avec son comparse François Lelord, leurs premières découvertes sur l’estime de soi. Ils font leur présentation devant un parterre de confrères. 

A la fin de la conférence, il y a la séance de questions du public qu’André redoute particulièrement. La jalousie du milieu dans lequel il travaille lui fait s’attendre à des questions pernicieuses qu’il appelle « les questions qui tuent ». 

Une première ne manque pas d’arriver. Au fond de la salle, se lève, un confrère le regard torve (dixit Christophe André) qui leur rétorque : « Tout ce que vous dites là c’est très bien. Mais, Il y a une étude qui dit exactement le contraire. »

André s’apprête à faire une réponse langue de bois, quand il entend son co-auteur dire : « On sait pas. On connait pas l’étude dont vous parlez. Est-ce que dans la salle quelqu’un la connaît ? »

Un doigt se lève et le psychiatre au bout de ce doigt dit qu’il l’a lu mais que ce n’est pas aussi clair qu’elle soit en contradiction avec celle de André et de Lelord, etc.

André, déduit de cette anecdote, qu’il avait une conception verticale de la relation aux autres dans ces situations de prise de parole. Il était celui qui savait et qui apprenait aux autres. Avec cet épisode, il a appris qu’il pouvait aussi ne passavoir

Il convient donc d’ajouter ce moyen aux outils de la dialectique pour parer aux situations d’agression dans un débat ou dans une formation : le fait d’accepter de ne pas savoir, voire de renvoyer au groupe la possibilité de combler son non-savoir.

Je l’appellerai « comportement de fuite« . Pas débandade, juste fuite.

A ce propos, connaissez-vous les thèses du professeur Henri Laborit sur les vertus de la fuite ?

Un film formidable les expose. Il s’appelle : « Mon oncle d’Amérique » du cinéaste Alain Resnais.

C’est un chef d’oeuvre dont je vous propose le décryptage dans ce papier : Éloge de la fuite

 Et vous ?

Quel est votre comportement face à une agression verbale ou à une tentative de prise de pouvoir à vos dépends ? 

Avez-vous des parades ? 

Lesquelles ? 

Racontez-nous la manière dont vous vous sortez de ces situations difficiles. 

Pour conclure,  attention à ne pas confondre attaque verbale et objection.

Une agression verbale vise à vous déstabiliser. Elle doit être traitée comme recommandé dans ce post. En revanche, une objection doit être traitée comme une objection. C’est à dire que vous devez chercher à y répondre rationnellement en argumentant. 

Comment reconnaître quand vous avez affaire à une objection et quand vous avez affaire à une agression ? 

Yann Olivier recommande de se poser la question suivante en un millionième de seconde : 

« Est-ce que ce que vient de me dire mon interlocuteur sert à faire avancer la discussion ou pas ? Est-ce que c’est utile pour l’échange ? »

Si la réponse est non, c’est une agression verbale, c’est de la prise de pouvoir. 

Et vous vous devez d’être impitoyable envers l’agresseur ! 

(A suivre)

 Jean-Christophe Hériche Paris, le 05 octobre 2016

La méthode de l’APEROT ( prononcer Apéro )

Réussissez vos demandes d’entretien réseau grâce à la méthode de l’APEROT ! (prononcer Apéro)

A consommer sans modération ! 

Vous souhaitez contacter des professionnels sur Linkedin, via d’autres réseaux sociaux, par mail ou au téléphone ? 

Vous souhaitez leur demander un entretien dans le but de mener auprès d’eux une enquête métier ou leur poser des questions dans le cadre de votre démarche réseau

Pourquoi ces professionnels accepteraient-ils de vous renseigner ?

Certains vous connaissent peu, voire pas du tout. D’autres peuvent être surchargés de travail. D’autres encore, peuvent être méfiants sur le sens de votre démarche.

Il vous faut une méthode pour faire accepter votre demande.

Je vous propose d’utiliser la méthode de l’APEROT.

Grace à cette méthode : 

  • Vous oserez demander un rdv à vos contacts réseau rencontrés sur le Net ou dans la vraie vie !
  • Vous allez réussir vos demandes de connexion sur Linkedin et autres réseaux sociaux !
  • Vous saurez faire vos relances ! 
  • Vous n’importunerez plus jamais vos interlocuteurs ! 

La méthode de l’APEROT...

Je vous vois venir… Vous vous dites :  » On va encore s’en payer une bonne tranche … Ce Hériche, vraiment…Ça, c’est pas le dernier pour la rigolade !  »

Et bien, détrompez-vous !

Mon sujet est sérieux, on ne peut plus sérieux.

Imaginez que vous souhaitiez solliciter une connaissance, un parfait inconnu ou quelqu’un que l’on vous a recommandé, il vous faut l’appeler au téléphone, le contacter par mail ou sur les réseaux sociaux.

  • Comment faire ? 
  • Comment structurer votre communication écrite et orale ? 
  • Quoi lui dire ? 
  • Comment le rassurer sur vos intentions ? 

La plupart du temps, vous êtes beaucoup trop diserts sur vousmême et bien peuloquace sur votre interlocuteur. Ce dernier passe à l’as. Alors que vous lui demandez de son temps, la moindre des choses est de lui accorder une place, de lui montrer de la considération.

Par ailleurs, vos demandes de rdv ne sont pas rassurantes.

Vous n’êtes pas clairs sur vos intentions. Voulez-vous un poste ? Juste des renseignements ? Bien souvent, vous ne le précisez pas. Rien de plus inquiétant. Que peut en penser votre interlocuteur ? « Encore un fâcheux qui va me demander un job. »

Vous ne précisez pas, non plus, le temps que prendra l’entretien. Rien de moins engageant. Votre contact se dit :  » Il va me bousiller ma matinée ou mon après-midi. J’ai pas que ça à faire.  »

La méthode de l’APEROT est un plan qui va vous permettre de structurer facilement toutes vos demandes d’entretien réseau de manière efficace et convaincante.

l’oral comme à l’écrit.

En voici la déclinaison :

A comme Accroche 

Quand vous sollicitez quelqu’un, commencez par lui parler de lui. Plusieurs techniques sont à votre disposition :

Vous pouvez le valoriser en le complimentant sur une action qu’il a faite, une interview qu’il a donnée, etc. (Effet valorisation)

Vous pouvez chercher un point commun : une école ou une formation que vous avez tous les deux suivie, une entreprise dans laquelle vous avez été employés l’un et l’autre, etc. (Effet de communauté)

Vous pouvez évoquer la personne qui vous a mis en relation. (Effet derecommandation)

P comme Présentation

Puis, présentez-vous rapidement en 1 phrase, 2 au maximum. (Effet de crédibilité)

E comme Entretien 

Ensuite, formulez votre demande d’entretien en laissant à votre contact la liberté de la forme : en face à face, au téléphone, par skype, par mail, au café, dans son bureau, etc.(Effet de libre-arbitre)

Le mieux étant, évidemment, de décrocher un entretien en face-à-face.

R comme Renseignement

Précisez la nature de de votre demande. Cela peut être, au choix, des renseignements, des informations, des conseils, un soutien, une mise en relation, des idées, etc.

O comme Objectif 

Il est important que votre contact sache ce que vous allez faire de ces informations, dans quel objectif vous le sollicitez.

Vous pouvez chercher à le rassurer en utilisant une formule du type : « Je suis en réflexion sur mon projet professionnel« .

Vous pouvez aussi jouer la carte de la transparence : « Je suis en recherche d’emploi actuellement« , tout en le rassurant avec la formule magique « Mais je tiens à vous préciser que je ne sollicite pas auprès de vous un poste »

T comme Timing 

Indiquez, enfin, la durée de l’entretien. C’est plus confortable pour votre interlocuteur. Il sait à quoi s’en tenir. Par exemple : « Je ne prendrai pas beaucoup de votre temps. Tout au plus 1/2 heure. »

Prenons un exemple pour illustrer la méthode de l’APEROT.

J’ai un ami qui a très envie de créer sa start-up digitale dans le développement professionnel qui est sa spécialité. 

Une start-upeuse bien connue, Julie Coudry, a créé sa propre plate-forme numérique : Jobmaker qui s’avère très inspirante pour les projets de mon ami.

S’il devait se lancer dans cette aventure, la première chose que je lui conseillerais de faire, serait d’aller voir Julie pour recueillir auprès d’elle des conseils avisés pour se lancer.

Voire, pour lui proposer un partenariat.

Mais comment l’aborder ? Et comment ne pas l’inquiéter pour ne pas qu’elle pense que mon ami puisse être un concurrent ? 

A partir de la méthode de l’APEROT, voici l’idée de mail qui lui est venue :

Bonjour Julie,

En inventant Jobmaker, vous avez créé la plate-forme numérique idéale pour les candidats souhaitant passer en revue leurs expériences afin de mieux les valoriser. Vous leur permettez, ainsi, d’élaborer pas-à-pas leur projet professionnel qu’ils pourront ensuite exploiter à travers leur outils de communication : CV, lettres de motivation, entretiens, etc.

Je suis, pour ma part, coach en développement professionnel depuis 10 ans.

Je souhaiterais vous rencontrer au cours d’un entretien afin de vous demander des renseignements sur la manière dont vous vous y êtes prise pour créer Jobmaker, les bonnes pratiques à adopter et également les écueils à éviter.

Je compte, en effet, très prochainement créer ma propre plate-forme numérique consacrée à l’offre de services. Cet outil constituera un excellent complément à ceux que vous proposez dans Jobmaker.

Je sais que votre temps est compté et donc je me rendrai disponible au jour et à l’heure qui vous conviendront le mieux.

Je vous remercie infiniment pour l’attention que vous voudrez bien porter à ma requête.

Bien à vous,

Levine Castorp

Et vous ? 

Quelle sera votre APEROT de prise de rdv ? 

Ecrivez-le et, si l’envie vous prend, laissez-le en commentaire.

Je ferai, à chacun, un retour. 

Si vous avez apprécié ce post, peut-être, trouverez-vous celui-ci à votre goût : #JeNeSuisPasUnBarilDePoudre

Jean-Christophe Hériche Paris, le 22 septembre 2016

(A suivre)

Pourquoi il ne faut pas chercher à se vendre

Synthèse : L’idée que nous devons apprendre à nous vendre pour trouver un emploi, en somme que nous sommes ni plus ni moins des marchandises, est saugrenue. Mais nous l’avons acceptée et même la revendiquons, candidats et consultants ou coachs, parce que nous la croyons efficace. Or, elle est totalement inefficace. C’est ce que je m’emploie à démontrer dans ce post. En la prônant, ma profession fait fausse route et enferme les candidats dans un piège.

Combien de candidats viennent me voir avec cette affirmation “Je ne sais pas me vendre” et avec cette injonction : “Apprenez-moi à me vendre ! ”

Ils sont encouragés dans cette voie par une partie des professionnels de la profession : conseillers, consultants et coachs.

Il n’est pas question de dire, ici, que l’attraction, la séduction ne rentrent pas en ligne de compte dans une démarche d’embauche. Ce serait idiot de prétendre cela. Bien entendu, le charme, le charisme, l’attractivité ont leur part. Et, un candidat souriant, soigné, sûr de lui et bien au fait de ses capacités mettra plus de chance de son côté qu’un candidat terne, peu soigné et ignorant de son potentiel.

Pour autant, il n’est pas question de se vendre. Nous ne sommes pas des marchandises. Nous n’avons pas à nous réduire à l’état de paquet de lessive. Vouloir se vendre participe de la dévalorisation dans laquelle tombent beaucoup de chercheurs d’emploi.

Plus grave, cette idée ancre dans les esprits l’erreur commune que vous vous ferez recruter, comme j’ai pu le lire, grâce à “la combinaison unique de ce que vous êtes, de votre expérience, des compétences fonctionnelles et des soft skills que vous avez, et de la direction que vous voulez prendre.”

Autrement dit, vous vous ferez recruter parce que vous vous serez totalement centrés sur vous en faisant totalement abstraction de votre environnement.

En somme, le syndrome MOI-MOI-MOI-MOI-MOI-MOI-MOI qui fait tellement de dégâts parmi les candidats et les porteurs de projet. Comme si vous étiez unique ! 

Si les recruteurs ont besoin de vous connaître et qu’effectivement lors d’un entretien de recrutement, ils vous demandent des informations sur votre parcours et votre projet et qu’une bonne préparation sur ces sujets est nécessaire, elle n’est en rien suffisante.

Sachez, de surcroît, que plus vous êtes en train de vous fabriquer une “belle image”, plus vous faites une confusion entre vous et votre recherche d’emploi, entre votre identité et vos démarches.

Si bien qu’à la première bourrasque – un entretien qui se passe mal, un poste qui vous passe sous le nez – c’est vous tout entier qui êtes remis en cause. Vous vous trouvez nul. Et pendant, plusieurs jours ou plusieurs semaines, vous voilà incapable de mener la moindre action de recherche. Quel gâchis ! Quelle perte d’efficacité !

Ne confondez jamais qui vous êtes et ce que vous faites.

Ce n’est pas vous que vous devez changer mais votre manière de faire !

Ces deux principes vous aideront à dépasser les refus, les réponses négatives, car ce n’est pas votre personne qui sera remise en question, mais vos actions, vos démarches.

Et chaque retour négatif vous aidera à peaufiner votre proposition de services aux recruteurs.

Retenez l’adage : “Il n’y a pas d’échec, il n’y a que des feed-back.” En français dans le texte, “Il n’y a pas d’échec, il n’y a que des retours d’informations.

Pour changer votre manière de faire, commencez à prendre en considération les postes que vous proposent les recruteurs.

Si vous souhaitez vraiment les convaincre, les persuader de vous accorder leur confiance, sachez vous intéresser spontanément, sincèrement, profondément à leur besoin. Sortez de la “recherche d’emploi mécanique” et rentrez dans le poste proposé, projetez-vous dedans.

C’est la base.

En somme, ne cherchez plus à « apprendre à vous vendre » !

Apprenez à convaincre et à persuader !

Convaincre, persuader, ai-je dit ? Nous voici, avec ces deux verbes, entrés de plain-pied dans le domaine de l’argumentation. Un domaine, que dis-je, un art qui est fondamental dans la plupart des domaines de la vie et, en ce qui vous concerne, dans votre recherche d’emploi.

Pourquoi ? Parce que c’est en apprenant à argumenter que vous arriverez à vos fins, à obtenir ce que vous voulez, à faire adhérer les autres à votre candidature, à remporter le morceau comme on dit familièrement.

Il convient, tout d’abord, de distinguer les deux notions : convaincre et persuader.

Ce que je ferai dans un futur POST.

Pour patienter, courez lire ce post, comme 10 000 vues sur Linkedin l’ont fait avant vous : C »o »uriculum Vitae

J’y expose les principes premiers de l’argumentation en recherche d’emploi.

Jean-Christophe Hériche Paris, le 19 septembre 2016

(A suivre)

Patron n’en faut !

Le pouvoir vous opprime ? Le management vous nuit ? Vous aimeriez vous en passer ? Mais vous ne savez pas comment ? Savez-vous que de grands penseurs ont réfléchi à la question du pouvoir et qu’ils n’ont pas été tendres avec ?

Spinoza, Freud, Simone Weil, David Graeber, John Galbraith, Michel Serres.

Mais savez-vous aussi que certains ont réussi à s’en passer de manière effective ?

C’est ce que vous découvrirez dans ce post.

Un matin sur France Inter, j’entendis la philosophe Myriam Revault d’Alonnes commettre une révélation de taille : « Macron n’était pas né quand le poste d’assistant a disparu, il n’a jamais été l’assistant de Ricoeur« . On savait déjà qu’Emmanuel Macron n’avait pas fait Normale sup, contrairement aux biographies avantageuses qui circulaient sur lui dans les journaux et qu’il n’a jamais démenties.

Les dirigeants à la bio usurpée sont pléthore et l’on en a tous en tête ou sous les yeux .

Rachida Dati, par exemple. Les journalistes ont découvert qu’elle s’était inventée un diplôme HEC pour entrer à l’ENM (Ecole nationale de la magistrature).

Et dans les entreprises et administrations ?

Car, la politique n’a pas l’apanage de ces impostures ordinaires.

Je pense à ce haut fonctionnaire qui avait laissé croire qu’il avait eu un poste prestigieux dans le secteur privé, lui assurant ainsi une belle carrière de directeur dans la fonction publique, alors qu’il n’avait jamais eu qu’une expérience de commercial de terrain.

La soif de pouvoir

Ces historiettes ont un dénominateur commun : la soif de pouvoir. Le pouvoir et tout ce que certains sont prêts à commettre pour le conquérir. Le pouvoir qui fait tourner les têtes. Le pouvoir qui peut aller jusqu’à l’abus. Le pouvoir pour lequel certains sont prêts à tout : dans les entreprises, les associations, en politique, en famille… Jusqu’aux contre-pouvoirs (journalisme, syndicalisme,..) que l’on aurait pu penser épargnés alors que, parfois, ils ne sont qu’une forme dégradée de la volonté de pouvoir. 

Pouvoir dont le philosophe Michel Serres dit qu’il est une survivance du règne animal. Il prédit, du reste, qu’un jour pas très lointain l’autorité de compétences prendra enfin toute sa place et supplantera le pouvoir hiérarchique.

Pouvoir que Freud symbolisait sous la forme du primat phallique et dont on voit combien femelles et mâles, dans l’entreprise et en politique, sont prêt à tout pour en recevoir la caresse.

La horde primitive sévit encore, sachez-le !

On connait l’histoire. Le chef de meute, qui empêchait ses fils d’approcher les femelles, a mal fini. Ses fils se sont coalisés contre lui, l’ont tué, l’ont dépecé pour le manger et se sont partagés le cœur pour s’approprier son pouvoir. Ils ont enfin pu approcher les femelles. Mais la culpabilité les a rattrapés. Honteux de leur parricide, ils décidèrent d’édicter des règles prohibant l’inceste, le viol, le meurtre. La civilisation est née de ce meurtre du père et de cette culpabilité. La sauvagerie a été contenue, certes, mais la révérence aux puissants, elle, n’a pas décru.

Pouvoir dont le philosophe Max Dorra donne une définition très générale qui, j’imagine, parlera à beaucoup d’entre vous. C’est, selon lui, « la capacité à angoisser l’autre« . Il suffit de penser à des pratiques aussi répandues que « diviser pour mieux régner » ou d’autres, de rétention d’informations pour comprendre à quoi il fait allusion.

Quant à Spinoza, dans son Traité de réforme de l’entendement, il range le pouvoir au rang des faux biens au même titre que la soif d’argent ou la lubricité. Et, il en fait l’un des attributs de cet « homme aux passions tristes » qu’il décrit dans l’Ethique.

« Homme aux passions tristes » ou femme, ajouterai-je, tant cet affect atteint les deux sexes. Sur le plan de la passion du pouvoir, l’égalité F/H est atteinte. C’est autre chose sur le plan réel, bien entendu, les hommes ayant pris de l’avance sur ces dames.

Après un tel réquisitoire de la part de la fine fleur de la philosophie occidentale, se trouverait-il, cependant, une bonne âme pour sauver la cause du pouvoir ?

« L’ordre social, quoique nécessaire, est essentiellement mauvais, quel qu’il soit »  a écrit Simone Weil.

La condamnation de l’autorité est, de nouveau, évidente et implacable : « L’ordre social est mauvais. » Cependant, la philosophe semble tempérer son jugement avec ces deux mots : « quoique nécessaire« .

Nécessité faisant loi, il semblerait donc qu’on ne puisse se passer d’une hiérarchie dans la société comme dans l’entreprise.

Pourtant, l’économiste John Galbraith avait sa propre définition du management dans lequel il ne voyait que bureaucratie. Ce faisant, il renvoyait, dos a dos, système capitaliste et système communiste. Aujourd’hui que le communisme est mort, seul subsiste le capitalisme et son management qui ne serait donc, au final, qu’une bureaucratie.

Souvent, me revient aux oreilles le vocable « armée mexicaine« , à propos d’organigrammes d’entreprise. L’économiste américain n’est, peut-être, pas si loin de la vérité.

Dans ses bullshit jobs (« métiers a la con »), David Graeber avait mis le management en bonne place sur la liste. Vous savez, ce sont ces postes dont les titulaires ne travaillent réellement que 15 h par semaine. Le reste du temps se passe en surf sur le web, réunions, commandes de billets, séminaires, colloques etc. Si l’on suit Graeber, le manager français ferait bien ses 35 heures …. mais par mois !

Évidemment ces bullshit job sont une fiction et « toute ressemblance avec des faits ou des personnes réels serait purement fortuite« .

J’espère que vous n’y avez pas cru, un seul instant !

Longtemps, la remise en question du pouvoir a été réservée aux cercles intellectuels, à ces philosophes, anthropologues, psychanalystes, économistes que j’évoque ci-dessus.

Sur le plan politique, peu de courant pour remettre en question la nécessité du pouvoir. Les anarchistes, uniquement, et c’est la raison pour laquelle ils n’ont jamais été … au pouvoir.

Et pour cause !

L’accession au pouvoir est le but des dirigeants et partis politiques. Quoi de plus normal : détenir le pouvoir permet la mise en oeuvre des idées pour lesquelles on se bat, des idées pour lesquelles on s’est engagé.

L’entreprise libérée 

C’est dans le monde économique, finalement, que l’on retrouve les seules tentatives effectives de remise en cause de la prééminence du pouvoir.

Les plus anciens se rappellent de l’auto-gestion et de la lutte des « Lip » qui se termina en fiasco dans les années 70.

Après ce terrible revers, l’idée que « patron n’en faut » semblait avoir vécu.

Pourtant, elle semble revenue en force dans nos années 2010.

Rappelez-vous, au début de l’année, toute cette effervescence médiatique autour de l’entreprise libérée. Reportages et documentaires TV, livres, articles, posts, tweets…

Isaac Getz, le promoteur de cette organisation sans manager, nous soutient que ces entreprises ont vu leur rentabilité explosée. Le secret de leur réussite ? « Transformer l’organisation de leur firme sur la base de la confiance et de la liberté des salariés »

Ces expériences réussies d’entreprises libérées tendraient à laisser penser que l’on peut se passer d’une grande partie du management dans les entreprises et, sans doute, dans les administrations.

Mais le choix de ce no management dépend du patron de votre boite !

Si vous travaillez dans l’une de ces entreprises libérées, tant mieux ; sinon, tant pis.

Ou alors, postulez !

Voici mon conseil-CV, lu déjà par 10 000 internautes : C »o »uriculum Vitae

L’autre solution étant, bien entendu, de vous passer de patron en devenant… votre propre patron. Certains ont déjà franchi le pas. Et dans cette quête d’indépendance, les jeunes ne sont pas les derniers.

Vous souhaitez également vous mettre à votre compte ? Mais vous hésitez. Savez-vous qu’aujourd’hui, rien n’est plus aisé que de développer une activité indépendante ? Connaissez-vous, en l’espèce, les nouvelles formes d’emploi ?

J’en parle dans ce post :  Demain, tous porteurs de projet ?

Jean-Christophe Hériche Paris, le 18 septembre 2016

(A suivre)

Mme Lee

Vous ai-je déjà parlé de Mme Lee ?

Je passais ce matin devant le Franprix où j’ai l’habitude de faire mes courses.

J’ai tourné la tête pour voir si je l’apercevais.

Ah oui ! Il faut que je vous dise. Mme Lee y est caissière. Ou hôtesse de caisse, si vous préférez. Toujours apprêtée, maquillée, plus toute jeune mais la peau aussi lisse que si elle avait vingt ans. On dirait une poupée.

C’est une figure du magasin. Depuis 2 ans que j’y fais mes courses, elle est là, fidèle au poste. A de rares occasions, où elle a été absente, les choses n’ont pas été pareilles.

Parce qu’il faut que je vous dise. Mme Lee a une compétence rare. Elle sait accueillir les gens. 

Quand je passe devant sa caisse en entrant dans la supermarché, elle me regarde dans les yeux, me sourit et me salue.

Et elle fait cela, avec tous les clients, chaque fois qu’elle n’est pas occupée à faire les encaissements.

Mme Lee a une autre compétence rare. Elle sait établir la relation.

Quand je passe en caisse, elle prend des nouvelles de ma femme. Tout en scannant les produits, elle me demande si j’ai ma carte de fidélité. Je lui dis que non. Elle s’en offusque. « Mais enfin, Monsieur, vous perdez des points ». Je lui réponds que c’est pas bien grave. Elle monte les yeux au ciel en disant : « J’ai le même à la maison ». Je comprends qu’elle me parle de son mari, alors je lui dis  : « Oui, c’est universel. Et puis, je n’ai pas besoin de carte pour être fidèle ». Alors elle sourit et elle achève d’enregistrer mes provisions de la semaine.

Dernière compétence rare : Mme Lee a une véritable joie de vivre. Toujours de bonne humeur, elle sourit souvent ; et son sourire est vrai, naturel. Je crois qu’elle aime authentiquement les gens.

Je le vois à sa manière d’être avec ses petits collègues qui ont l’âge d’être ses enfants. Elle les rappelle à l’ordre et sait être ferme quand ils « feignassent » dans la réserve ou qu’ils discutent dans les rayons. Mais, elle le fait toujours avec tact et gentillesse.

Aussi avec les jeunes du quartier, qui ne sont pas des anges, mais qui filent droit devant elle et qui la respectent.

Je vais vous dire un secret. Je crois que Mme Lee aime son métier.

Cela m’a étonné au début. Comment peut-on aimer tenir une caisse ?

Je sais que je n’aimerais pas. Trop statique. Trop souvent debout. Trop physique aussi.

​Pensant à elle, je me suis rappelé un texte de Fernando Pessoa où il manifeste le même étonnement à propos du « cuisto » d’un troquet de Lisbonne où il avait ses habitudes. Il ne comprenait pas qu’il ne sorte jamais de sa cuisine et que cela lui convienne.

Il faudra, à l’occasion, que je retrouve le livre dans ma bibliothèque pour voir ce que le poète intranquille en disait.

En définitive, Mme Lee a une qualité dans le boulot. La plus appréciable de toutes : elle est PRO. Son professionnalisme se retrouve dans son sens de l’accueil, sa capacité à nouer un rapport humain avec ses clients et ses collègues et, last but not least, sa bonne humeur constante, sa réelle joie de vivre.

Rien à voir avec cette forme d’être que j’épinglais dans ce post : L’esprit de sérieux.

Qu’il me soit permis, ici, de remercier Mme Lee et toutes les Mmes Lee de la terre. C’est grâce à elles que ce monde, parfois, finit par être acceptable.

Jean-Christophe Hériche Paris, le 13 septembre 2016

(A suivre)