Process Coming Out !

Connaissez-vous le modèle de communication interpersonnelle appelé Process Communication ?

Laissez moi vous conter une histoire de conseil.

En début d’année, je reçois une cliente résolue à changer de métier. Elle est juriste dans la fonction publique et souhaite réfléchir à une autre voie professionnelle.

Au bout de quelques questions, elle me révèle que si son CDD se termine prochainement, elle vient d’en signer un nouveau, toujours en tant que juriste.

Je la questionne alors sur sa motivation pour son métier. Elle me dit beaucoup l’apprécier.

Étonnement de ma part : « – Pourquoi quitter une profession que l’on aime ? »

« – Ce sont les conditions d’exercice de mon métier que je ne supporte plus. L’ambiance est exécrable dans ma Direction et je crains de retrouver une situation semblable »

Pour elle, ce type d’ambiance est inhérent au type de métier (juriste) qu’elle exerce.

Je m’emploie, alors, à concrétiser ce qu’elle entend par « ambiance exécrable » et découvre que son chef ne lui adresse pas la parole depuis des semaines, qu’il ne lui a jamais marqué la moindre marque d’attention ou de reconnaissance et que, de plus, il ne lui a jamais vraiment donné de consignes claires quant au travail à effectuer.

Et comme si ça ne suffisait pas, le collègue qui partage son bureau n’arrête pas de parler et donne son avis sur tout. Ce qui l’excède au plus haut point.

En l’écoutant, je bondis intérieurement : « Bon sang mais c’est bien sur. Voilà une rêveuse dont le chef est un travaillomane et le collègue de bureau, un persévérant. Pas étonnant qu’elle souffre de cette situation« .

Vous qui me lisez, cela vous parait de l’hébreu ce que je viens d’écrire ? C’est que vous ne connaissez ni l’hébreu, ni la process communication.

Mais laissez moi finir mon histoire.

Je  vérifie mes hypothèses avec quelques questions encore. « Partage-t-elle sa vie avec quelqu’un ? Comment cela se passe-t-il ? A-t-elle besoin de beaucoup de solitude dans sa vie privée ou préfère-t-elle être entourée ? »

Et fort de ses réponses, je lui lâche le pot aux roses. Ce n’est pas changer de métier dont elle a besoin mais comprendre comment elle fonctionne et comment fonctionnent les autres afin de s’adapter à eux et faire en sorte qu’eux aussi s’adaptent à elle.

La solitude et avoir des consignes claires sont ses besoins fondamentaux. Son chef, pour sa part, a besoin d’enchaîner les dossiers sans perdre de temps avec les aspects humains. Quant à son collègue, il n’est satisfait que quand il a pu exprimer ses opinions et ses convictions. C’est le choc de ces besoins opposés qui est responsable de son insatisfaction.

Dans son prochain job, je lui recommande de faire attention aux profils qui l’entourent et à apprendre à composer avec eux.

Pour cela, connaître le modèle de la process communication lui sera fort utile.

La process communication (ou process com), kezako ?

C’est une grille d’explication des modes de communication entre êtres humains inventée par Taibi Kahler, psychothérapeute tendance analyse transactionnelle, à la demande de la NASA. Devant envoyer des astronautes pendant plusieurs mois dans l’espace, l’agence spatiale américaine cherchait à composer ses équipes avec des personnalités compatibles afin que tout se passe au mieux.

De cette commande, Kahler a sorti un modèle composé de 6 grands profils de communication dont il affirme qu’ils sont présents dans toutes les communautés humaines.

Nous venons de voir :

  • la rêveuse (ma cliente) ;
  • le travaillomane (son chef) ;
  • le persévérant (son collègue)

dont je vous ai précisé pour chacun quel est le besoin fondamental.

Les trois autres profils sont :

  • le rebelle toujours en recherche de contact ;
  • l’empathique qui a tellement besoin d’être aimé ;
  • le promoteur avec un besoin d’excitation permanent.

Ne vous arrêtez pas aux dénominations, elles sont trompeuses. Attachez-vous aux besoins en lien avec chacun de ces 6 Profils de communicants et demandez-vous auquel vous appartenez ? Puis demandez-vous auquel appartient chacun de vos collègues ? Et vos proches ?

Et si vous souhaitez approfondir la question, je vous recommande trois moyens pour commencer à vous approprier le modèle de la process com :

  • Lisez un livre sur la Process com. Celui-ci me parait simple sur la forme et complet sur le fond :

http://www.eyrolles.com/Entreprise/Livre/la-process-com-9782212557862

  • Regardez des vidéos de Gérard Collignon, qui est le diffuseur de la Process com en France le plus réputé. Comme celle-ci par exemple :

https://www.qwant.com/?q=collignon%20process%20com&t=videos&o=0:2b9c78e6a2f99bda852b34176b4aa74a

  • Courez au théâtre assister, lorsqu’elle passe dans votre ville, à une représentation de la pièce Process Comedy :

https://www.youtube.com/watch?v=5X-ZYaCt-HA

Et tenez moi au courant de vos progrès en Process com !

Et comme vous ne me le demandez pas, je fais, ici, volontiers mon Process Coming Out :  je suis en partie Rebelle, en partie Persévérant. Dans quelles proportions ? Cela dépend des heures !

(à suivre)

JC Heriche, Mercredi 16 août 2016, Paris, France

« Tais-toi ! »

« Tais toi ! » , « La ferme ! » , « Boucle là ! » Comment veux-tu que je te le dise ?

Pardonnez ma familiarité, mais à un moment il fallait que ça sorte. On n’entend que vous ici !

Écouter, c’est déjà et avant tout savoir se taire. Cela vous semble évident ? Alors pourquoi ne le faites-vous pas ?

Toujours, vous allez parlant, parlant à n’en plus finir, parlant à vous étourdir. Et toujours parlant de vous . Croyez-vous vraiment que votre « misérable petit tas de secret« , comme l’appelait Malraux, intéresse les autres ?

Certains clients lorsque j’aborde la question du réseau  m’avouent leurs peurs : peur de ne pas être à la hauteur, peur d’être redevable, peur de déranger, et surtout peur de ne pas savoir quoi dire, etc.

Chers clients, et si vous commenciez par vous taire ?

Lorsque André Chouraki a traduit la bible de Jérusalem, il a multiplié les audaces de traduction. Une nous intéresse particulièrement. Les juifs ont une prière qu’ils répètent plusieurs fois par jour : « Schema Israël  » que l’on traduit traditionnellement par « Ecoute Israël « . Chouraki l’a traduite par : « Tais-toi Israël « .

Hum, hum ! Écouter, ce serait donc  se taire !

Si vous ne vous taisez pas, il y a effectivement peu de chance que vous arriviez à écouter l’autre et mieux encore à l’entendre, dans sa singularité, son exceptionnalité, sa différence radicale.

Le mot expérience est à la mode. On ne voyage plus pour découvrir le monde, on voyage pour « faire une expérience inoubliable« . On ne pratique plus l’art des mets, on paye pour « vivre une expérience gastronomique« . On ne cherche plus à améliorer l’ergonomie d’un site ou d’un logiciel, mais à « faciliter l’expérience utilisateur« .

Et si vous faisiez une expérience radicalement nouvelle. Une expérience sans nulle autre pareille : l’expérience de l’autre ! L’altruisme, ce mot forgé au 19ème siècle par le philosophe Auguste Comte, dont mon ami Wikipédia me dit qu’il désignait pour l’inventeur du positivisme : « une attitude d’attachement, de bonté, voire de vénération envers autrui, qui résulte d’un sentiment d’amour instinctif ou réfléchi pour l’autre. »

Quand on vous parle, accueillez les paroles que l’on vous offre. Ne vous demandez pas quoi répondre. N’embrayez pas tout de suite sur vous, sur ce qui vous est arrivé de similaire. Taisez-vous. Regardez votre interlocuteur avec un regard ni pesant, ni fuyant. Adoptez, pour cela, la vision périphérique qui permet d’embrasser le visage et le corps d’un seul regard. Faites un léger hochement de tête (pas trop accentué le hochement ni trop mécanique, n’allez pas vous transformer en “petit chien sur la vitre arrière de la voiture” avec un basculement automatique de la tête qui peut très vite indisposer votre vis-à-vis.). Ouvrez un peu plus grand les yeux quand ce que l’on vous dit vous surprend, vous interpelle. Faites des petits « hum, hum » pour montrer votre intérêt. Tous ces signes de reconnaissance (en anglais, « strokes »), favorisent la communication. L’autre se sent écouté. Et vous, ils vous aident à vous concentrer. N’abusez pas de ces « petits trucs« . Tout est dans le dosage et dans le naturel.

Est-ce que cela suffit ? Évidemment, non. Il vous faut aussi avoir envie d’écouter l’autre, être persuadé qu’il a quelque chose d’agréable ou d’utile à vous faire partager. En un mot, il vous faut avoir l’intention d’écouter.

Mais ces quelques trucs (il y en a d’autres) forment un bon démarrage pour apprendre à écouter. Et je vous ai dit dans un précédent commentaire, que la faculté d’écoute était, à mon sens, la chose du monde la moins partagée. Moi-même,  parfois…

En conclusion, savoir se taire est la première compétence à acquérir si vous souhaitez devenir un grand écoutant. La deuxième compétence qui vient de pair avec l’écoute est le questionnement. L’un de mes post, dans le cadre de cet art de l’écoute que je souhaite vous faire partager, a donc tout naturellement été consacré au « solfège du questionnement ».

Pour ceux d’entre vous qui veulent réussir leurs entretiens, quels qu’ils soient (réseau, recrutement, professionnel, conseil, résolution de problème, etc.) le « savoir-questionner » est indispensable à maîtriser.

Tout autant que le « savoir-écouter » et le « savoir-se taire« .

(A suivre)

Jean-Christophe Hériche , le 9 août 2016